Un homme a tiré sur cinq personnes depuis son véhicule, le vendredi 23 octobre vers 10 h 30, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Une personne est morte et quatre autres ont été « gravement » blessées, a indiqué le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Le parquet national antiterroriste (PNAT) s'est saisi de l'enquête, notamment pour assassinat « en relation avec une entreprise terroriste », avec la circonstance que les faits ont été commis « à raison de l'appartenance vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ».
Le suspect a été « interpellé et placé en garde à vue », a annoncé le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur X. Une source policière citée par Le Parisien situe l'arrestation à Coignières, une commune voisine, où la brigade anticriminalité l'a interpellé avec un pistolet-mitrailleur dans son véhicule, selon le même journal ; un responsable du syndicat de policiers Unité 78, Tony Vallée, a pour sa part situé l'arrestation à La Verrière sur BFMTV. L'homme est présumé innocent.
Trois lieux de tir dans deux communes
Selon le ministère de l'Intérieur, l'homme a tiré « à bord d'un véhicule avec une arme automatique, sur cinq personnes à différents endroits », dans « trois zones » réparties entre Trappes et La Verrière. À Trappes, les tirs ont touché une maison de santé pluridisciplinaire et plusieurs voitures, a précisé le maire, Ali Rabeh, sur BFMTV. Selon Le Parisien, des impacts de balle ont été découverts aux abords de la maison de santé Sophie-Blanchard, dans le quartier de la Plaine de Neauphle, et dans le quartier Anatole-France, environ 500 mètres plus loin.
Le journal a reconstitué un parcours à partir d'une source proche du dossier, qui reste à confirmer par l'enquête. Les premiers tirs auraient été signalés vers 10 heures, square Van-Gogh à Trappes. Au volant d'une Renault Clio, le tireur aurait visé plusieurs points de la commune, dont la Poste, le square Pergaud, une station-service sur la RN 10 et la maison de santé, puis La Verrière, près d'une pharmacie, de la gare et rue Marcel-Rivière.
D'après le même journal, qui ne cite pas de source officielle, l'arme serait un pistolet-mitrailleur de type Sten, datant de la Seconde Guerre mondiale ; Tony Vallée a évoqué sur BFMTV « une arme semi-automatique de facture ancienne ». Le PNAT retient pour sa part la « détention d'arme de catégorie A ».
Parmi les blessés, une enfant de 12 ans
Une enfant de 12 ans a été « gravement blessée » par « huit impacts de balle » et transportée dans un hôpital de Paris, a indiqué à l'Agence France-Presse le maire de La Verrière, Nicolas Dainville. « Son état se serait stabilisé », a-t-il ajouté. Deux hommes de 29 et 49 ans auraient aussi été touchés et transportés dans deux hôpitaux différents, selon lui ; ces deux hommes faisaient le ménage dans une école de la commune, a-t-il précisé au Parisien. À 13 h 52, il jugeait « inquiétantes » les nouvelles de l'enfant. La personne tuée à Trappes était un homme de 26 ans, selon le même journal. À la mi-journée, la préfecture des Yvelines précisait que le bilan « n'est pas stabilisé ».
Ali Rabeh a relevé que la personne tuée est « d'origine africaine » et que le blessé le plus grave, en urgence absolue près d'une station-service, est « d'origine maghrébine », deux profils qu'il juge « particuliers ». Il a laissé à la justice le soin de dire si un motif raciste est évoqué par le suspect. Son homologue de La Verrière, Nicolas Dainville, a parlé d'un geste « insupportable, vraisemblablement raciste ». Une cellule d'aide psychologique a été ouverte à la mairie de Trappes, selon Le Parisien.
Pourquoi le parquet antiterroriste a pris l'enquête
Dans son communiqué, le PNAT a ouvert une enquête de flagrance pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, chacun avec cette même circonstance liée à l'appartenance des victimes. Il y ajoute la détention d'arme de catégorie A et l'association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes contre les personnes. Les investigations sont confiées à la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire, aux directions zonales de la police nationale et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Le code pénal définit les actes de terrorisme comme certaines infractions, dont les atteintes volontaires à la vie, « lorsqu'elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur ». La saisine du PNAT ne tranche pas cette question : elle signifie que l'enquête est conduite sous cette hypothèse, que les investigations devront confirmer ou écarter.
Laurent Nuñez voit dans cette saisine « une indication assez forte ». « Ça ressemble à un périple meurtrier, les motifs on ne les connaît pas », a-t-il ajouté, en renvoyant au procureur national antiterroriste pour le reste.
Ce que l'enquête n'a pas encore établi
Le mobile, une éventuelle revendication, l'identité de la personne tuée et l'état de santé de chacun des blessés n'avaient pas été communiqués par les autorités en début d'après-midi. Selon une source proche du dossier citée par franceinfo, le suspect est âgé de 39 ans et connu des services de police, mais pas des services de renseignement. Le Parisien le dit de nationalité française, inscrit au fichier des antécédents judiciaires mais pas au fichier des personnes radicalisées, et rapporte qu'une bouteille de gaz a été retrouvée chez lui lors de la perquisition menée par le RAID. Aucun de ces éléments n'a été confirmé par le parquet.
Emmanuel Macron a fait part sur X de sa « profonde émotion » et assuré que « la Nation se tient » aux côtés des victimes. Au début de l'après-midi, le procureur national antiterroriste et Laurent Nuñez se trouvaient à la mairie de Trappes, où un point presse était annoncé ; le PNAT a fait savoir que des informations complémentaires suivraient.











