Moins de la moitié des cibles nationales que les pays ont eux-mêmes évaluées sont en bonne voie. Ce constat, tiré du premier rapport mondial sur l'accord de 2022, a été présenté le 15 octobre, quelques jours avant la conférence des Nations unies sur la biodiversité ouverte le 19 octobre à Erevan, en Arménie. Il repose sur les déclarations des États, pas sur une mesure indépendante de l'état de la nature. Il sert de point de départ au premier bilan collectif des engagements pris à Montréal en décembre 2022, à mi-chemin de l'échéance de 2030.
« Nous devons renouveler notre engagement collectif et nous concentrer sur sa mise en œuvre », a déclaré Hambardzum Matevosyan, ministre arménien de l'Environnement, qui préside la conférence, dans le communiqué d'ouverture du secrétariat de la convention (traduction de la rédaction). « Nous progressons, mais nous devons faire bien davantage », déclarait Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l'environnement, lors de la présentation du rapport (traduction de la rédaction).
Ce que les pays avaient promis
Le cadre mondial adopté en 2022 fixe vingt-trois cibles pour 2030. Il prévoit de protéger au moins 30 % des terres et des mers, et d'engager une remise en état efficace sur au moins 30 % des milieux dégradés. Il demande aussi de réduire d'au moins 500 milliards de dollars par an les incitations nuisibles à la biodiversité, dont les subventions, et de mobiliser au moins 200 milliards par an pour la protéger, toutes sources confondues. Les financements internationaux des pays développés vers les pays en développement devaient atteindre au moins 20 milliards de dollars par an en 2025, puis 30 milliards en 2030.
Près de 90 % des 196 parties à la convention ont fixé des cibles nationales, près de 60 % ont élaboré une stratégie et plus de 70 % ont remis un rapport, selon la page de présentation du rapport. Ces chiffres décrivent des documents produits par les États. La présentation ne dit pas si l'aide promise pour 2025 a été versée.
Un examen sans sanction
Les règles du bilan, précisées en février 2025, le veulent « non punitif » et sans examen pays par pays, comme décidé dès 2022, selon la décision qui l'organise. Il doit déboucher sur des décisions et, le cas échéant, sur des recommandations pour l'ensemble des parties. Les rapports nationaux en sont la source principale, complétée notamment par des travaux scientifiques.
L'argent fait aussi partie de la négociation. Le fonds de Cali, créé en 2024, concerne les données génétiques d'espèces stockées dans des bases informatiques. Les grandes entreprises qui les exploitent sont invitées à y verser 1 % de leurs bénéfices ou 0,1 % de leur chiffre d'affaires, à titre « indicatif », selon la décision fondatrice. Les parties doivent revenir sur les critères de taille des entreprises concernées et sur ces taux. La conférence s'achève le 30 octobre.
En France, une stratégie et peu d'argent nouveau
La stratégie nationale biodiversité compte 40 mesures et 209 actions. En 2025, l'État y a consacré 1,9 milliard d'euros d'engagements et 1,8 milliard de paiements, tous ministères confondus, a relevé la sénatrice Christine Lavarde dans un rapport du 8 juillet. Sur le seul programme budgétaire consacré aux paysages, à l'eau et à la biodiversité, elle chiffre à 427 millions d'euros, au total de 2023 à 2026, les crédits ajoutés depuis 2022, contre 1,09 milliard prévus sur la période. Le plan de financement proposé par les inspections en 2022 n'a jamais été arbitré entre ministères, selon elle. « Elle est restée un document d'intention », a-t-elle déclaré devant la commission des finances. La rédaction n'a pas trouvé de réponse publique du gouvernement à ce rapport.
Les aides publiques qui nuisent à la nature ne font pas l'objet d'un chiffre commun. En 2024, une mission des inspections des finances et de l'environnement les a évaluées à 20,2 milliards d'euros, dont 8,3 milliards pour l'agriculture, selon le rapport sénatorial. Le conseil général du ministère de l'Agriculture, qui ne partage pas cette analyse, n'en a trouvé que 1,3 milliard sur 33,3 milliards examinés dans l'agriculture, la forêt et la pêche, selon la présentation du ministère. Les deux missions divergent sur la méthode et leurs champs diffèrent : la seconde compare chaque aide à une situation sans intervention publique. Elle relève que « la biodiversité continue à se dégrader sur les terres agricoles ».
La France veut élargir le cercle des pays qui paient
Le gouvernement français veut s'appuyer sur le bilan pour faire avancer les engagements « restant à concrétiser ou à renforcer », associer le secteur privé au financement et élargir la base des pays qui financent l'aide aux pays en développement, selon le ministère des Affaires étrangères. Rien n'en est acquis au 21 octobre.
Ce rendez-vous ne doit pas être confondu avec la conférence sur le climat, qui relève d'une autre convention et s'ouvrira le 9 novembre à Antalya, en Turquie. Les décisions d'Erevan diront si le bilan reste un constat ou débouche sur des recommandations précises aux parties.











