Le nord du Mozambique recèle des richesses souterraines considérables. Les gigantesques réserves de gaz naturel découvertes au début des années 2010 au large de la province du Cabo Delgado, dans le bassin de Rovuma, font l'objet d'importants projets d'exploitation portés par des multinationales comme le français TotalEnergies, l'italien ENI et l'américain ExxonMobil.
Paradoxe : le pays d'Afrique le plus vulnérable au changement climatique, selon le World Risk Index de 2023, se retrouve au centre d'une « ruée vers le gaz » qualifiée de « bombe climatique » par les organisations environnementales.
Des réserves parmi les plus importantes au monde
La Banque africaine de développement évoque des réserves de plus de 5 000 milliards de mètres cubes de gaz. « Suffisamment pour approvisionner la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie pendant près de 20 ans », estimait-elle en 2018. Selon un rapport du cabinet Deloitte de 2024, ces projets « pourraient faire du Mozambique un des dix premiers producteurs mondiaux, contribuant à 20 % de la production africaine d'ici 2040 ».
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La croissance du pays devrait atteindre 10 % lorsque le projet Mozambique LNG de TotalEnergies entrera en production à l'horizon 2029, selon des estimations du FMI en 2024, contre 2,5 % en 2025.
Trois projets de multinationales
TotalEnergies détient 26,5 % du projet Mozambique LNG et en est l'opérateur. Jeudi, le groupe a annoncé la reprise officielle de ce chantier après cinq ans d'interruption. Le site offshore flottant du groupe italien ENI à Coral Sul a commencé à produire fin 2022 et le financement d'une réplique a été approuvé en 2025.
Un troisième projet, conduit par ExxonMobil en partenariat avec ENI et le chinois CNPC, a levé sa force majeure en novembre. Il pourrait recevoir sa décision d'investissement finale courant 2026 et entrer en production en 2030. Le projet de TotalEnergies et celui d'ExxonMobil comprennent des installations de liquéfaction onshore pour transformer le gaz et le transporter par voie maritime.
Une insurrection jihadiste meurtrière
Ces projets s'inscrivent dans un contexte sécuritaire dégradé. Une insurrection jihadiste déchire le nord du Mozambique depuis 2017, avec un épisode particulièrement meurtrier en mars 2021, lorsqu'un groupe local affilié à l'organisation Etat islamique a pillé la ville de Palma pendant plusieurs jours, faisant environ 800 morts selon l'ONG Acled. Au total, plus de 6 400 morts ont été dénombrés depuis le début de l'insurrection.
Face à l'incapacité du groupe paramilitaire russe Wagner à endiguer les insurgés, des soldats rwandais ont été déployés en 2021 pour sécuriser la zone.
Des procédures judiciaires contre TotalEnergies
Une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte en France à la suite de plaintes de survivants et de familles de victimes de l'attaque de 2021, qui reprochent à TotalEnergies de ne pas avoir assuré la sécurité de ses sous-traitants. Des soldats mozambicains chargés de protéger le site gazier ont également été accusés d'exactions mortelles sur des civils.
Une plainte pour « complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées » a été déposée par l'ONG allemande European Center for Constitutional and Human Rights. TotalEnergies rejette l'ensemble de ces accusations. Les retombées de cet eldorado gazier dépendront en grande partie du fonds souverain créé par les autorités mozambicaines, dans un pays déjà secoué par un scandale de détournement de fonds publics.









