Plus de cinq ans après le début de la pandémie, le Covid long reste sans traitement. Fatigue, troubles respiratoires, douleurs musculaires : selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 6 % des malades du Covid ont développé une forme prolongée. Le débat scientifique sur ses causes oppose désormais deux écoles.
Dix essais cliniques, zéro traitement
Trois mécanismes principaux sont suspectés : la persistance du virus SARS-CoV-2 dans l'organisme, une inflammation durable des tissus, ou un dérèglement du système immunitaire. Mais aucune de ces pistes n'a abouti à un traitement efficace.
« Il y a plus d'une dizaine d'essais thérapeutiques cliniques lancés à travers le monde, mais on est en échec total », a reconnu Mireille Laforge, chercheuse au CNRS, lors d'une conférence de presse de l'institut ANRS Maladies infectieuses émergentes. Selon elle, cet échec s'explique par le fait de « ne pas bien viser » : il existe probablement plusieurs Covid longs relevant de processus physiologiques variés.
La piste psychologique : une thèse française marginale
Dans ce contexte, une école dissidente redonne de la voix en France. Fin 2025, le psychiatre Cédric Lemogne a publié une tribune dans Le Monde appelant à se concentrer sur « une science des symptômes » plutôt que sur l'identification des causes physiologiques. Il fait partie du parcours de soins proposé à l'Hôtel-Dieu (AP-HP), qui donne une large place à la psychothérapie.
« Dans le Covid long, le facteur déclenchant est souvent physique mais pas forcément les facteurs de perpétuation des symptômes », explique Lemogne à l'AFP. Il souligne que seules les psychothérapies et la rééducation physique ont donné des effets, « certes modestes », pour améliorer la vie des patients, citant une étude parue en 2025 dans le BMJ.
Mais cette thèse reste marginale dans la littérature scientifique internationale. Deux synthèses parues en 2024 dans le Lancet et Nature Medicine ne mentionnent que des pistes physiologiques.
« On fait du mal aux patients »
« En 2026, c'est inacceptable de psychologiser ça », s'est indigné Ryan, patient atteint de Covid long depuis quatre ans, venu manifester vendredi devant l'Hôtel-Dieu avec une dizaine d'autres malades. L'association française Winslow Santé publique dénonce un manque de reconnaissance.
L'épidémiologiste Ziyad Al-Aly, auteur de la synthèse parue dans Nature Medicine, tranche : « L'anxiété et la détresse psychologique peuvent constituer des manifestations parmi d'autres. Mais dire que les troubles psychologiques sont une conséquence de la maladie, ce n'est pas du tout comme affirmer qu'ils sont la cause des symptômes. »
« En mélangeant les deux, on fait du mal aux patients », estime-t-il, jugeant par ailleurs que l'hypothèse psychologique trouve plus de soutien « institutionnel » en France qu'ailleurs.










