La guerre déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran entre dans sa troisième semaine ce samedi 14 mars. Le conflit, qui a déjà coûté la vie à plus d’un millier de personnes, majoritairement en Iran selon les autorités locales, ne montre aucun signe d’apaisement. « La guerre s’intensifie et entre dans une phase décisive qui se poursuivra aussi longtemps que nécessaire », a affirmé le ministre israélien de la Défense, Israël Katz.
Frappes américaines sur l’île de Kharg et menaces sur le pétrole
L’île de Kharg, située à environ 30 kilomètres des côtes iraniennes et abritant le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut du pays, a été bombardée par l’armée américaine. Donald Trump a affirmé y avoir « complètement détruit » des cibles militaires. Quinze explosions y ont été entendues, mais aucune infrastructure pétrolière n’a été endommagée, selon l’agence de presse iranienne Fars.


Le président américain a prévenu qu’il s’en prendrait aux infrastructures pétrolières de l’île si « le passage libre et sûr des navires dans le détroit d’Ormuz » était entravé. En réponse, Téhéran a menacé de « réduire en cendres » les sites pétroliers liés aux États-Unis au Moyen-Orient.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite d’ordinaire 20 % de la production mondiale de pétrole, est quasi totalement bloqué par l’Iran. New Delhi a néanmoins annoncé samedi que deux navires battant pavillon indien l’avaient franchi. Le cours du baril de Brent, référence internationale, s’est envolé de plus de 42 % autour de 100 dollars depuis le début du conflit.
Irak, Émirats, Qatar : le conflit s’étend aux pays voisins
L’ambassade américaine à Bagdad a été visée samedi à l’aube par une attaque de drone, après des frappes contre un groupe armé pro-Iran ayant fait deux morts, selon des sources de sécurité. La guerre aspire désormais de nombreux pays de la région.


Dans les Émirats arabes unis, Téhéran a appelé la population à s’écarter des ports, estimant « légitime » de viser les « missiles ennemis américains » qui y sont cachés, selon l’armée iranienne. Deux épaisses volutes de fumée noire se sont élevées de Fujaïrah, où se trouvent un terminal d’exportation de pétrole et un port déjà visé par des frappes iraniennes, selon un journaliste de l’AFP sur place.
Au Qatar, deux missiles ont été interceptés et des explosions ont été entendues par des journalistes de l’AFP. Le Hamas, pourtant allié de Téhéran, a exhorté l’Iran à cesser ses frappes contre « les pays voisins ».
Renforts américains et posture iranienne
Après un déploiement militaire sans précédent depuis des décennies, les États-Unis prévoient d’envoyer de nouveaux renforts, selon la presse américaine. Le New York Times évoque quelque 2 500 Marines et trois navires supplémentaires, tandis que le Wall Street Journal mentionne le navire d’assaut Tripoli, basé au Japon.


Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé que l’Iran était « totalement vaincu » et souhaitait « conclure un accord ». « Mais pas un accord que j’accepterais ! », a-t-il écrit, sans détailler. Le président américain a également annoncé que les États-Unis frapperaient l’Iran « très fort au cours de la prochaine semaine ».
Côté iranien, des responsables ont défilé vendredi en plein cœur de Téhéran lors d’une marche pro-palestinienne, malgré des frappes visant l’événement « à courte distance », selon la télévision d’État. Mojtaba Khamenei, désigné nouveau guide suprême après la mort de son père Ali Khamenei, n’est toujours pas apparu publiquement.
Pour Sina Toossi, du Centre pour la politique internationale (CIP) à Washington, l’Iran dispose encore de cartes, malgré les frappes sur Kharg, puisqu’il possède un autre terminal d’exportation dans le Golfe d’Oman. Téhéran pourrait « infliger des frappes plus importantes encore aux infrastructures énergétiques du Golfe, comme Aramco, cibler des pipelines au-delà d’Ormuz ou œuvrer avec les Houthis pour perturber le détroit de Bab-el-Mandeb », détaille l’analyste. « Cela créera un choc pétrolier encore plus grand. »
Liban : un bilan qui s’alourdit, Macron propose Paris comme lieu de discussions
Au Liban, au moins 12 membres du personnel d’un centre de santé ont été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays, selon le ministère de la Santé. Un autre raid a touché un immeuble résidentiel dans une banlieue au nord de Beyrouth, déjà visée la veille, selon les médias libanais.


« Il n’y a plus de sécurité… On ne sait jamais d’où viendra la prochaine frappe », se désole Hanadi Hachem, 50 ans, un habitant du quartier. Les frappes israéliennes ont fait plus de 773 morts, dont 103 enfants, et plus de 800 000 déplacés, selon le dernier bilan officiel libanais.
Le président français Emmanuel Macron a appelé Israël à accepter des « discussions directes » avec des représentants libanais, qu’il s’est dit prêt à faciliter en « les accueillant à Paris ».
Les prochaines étapes
Israël poursuit ses opérations : samedi matin, son armée a demandé aux habitants de certains quartiers de Tabriz, dans le nord-ouest de l’Iran, d’évacuer en prévision d’opérations militaires. Un avertissement qui avait peu de chances d’être lu par les intéressés, internet étant bloqué en Iran depuis deux semaines.

La question énergétique reste au cœur des enjeux. Le blocage du détroit d’Ormuz et les menaces croisées sur les infrastructures pétrolières du Golfe laissent craindre une escalade aux répercussions mondiales. L’appel de Macron à des discussions entre Israël et le Liban constitue à ce stade la seule initiative diplomatique connue.











