Chaque matin, depuis près de trente ans, Halina Krauze s'installe dans sa cabine de grue coulissante aux chantiers navals de Gdansk, berceau historique du syndicat Solidarité. Pendant huit heures, elle déplace des tonnes de métal destinées à devenir des éléments d'éoliennes. À 65 ans, elle fait partie des dizaines d'opératrices qui occupent ce métier largement réservé aux femmes dans ce lieu chargé d'histoire.
Un héritage de l'époque communiste
« Environ 70 % d'opérateurs de grues aux chantiers aujourd'hui sont des femmes », explique Halina Krauze. Une tradition qui remonte à l'ancien régime, confirme Agnieszka Pyrzanowska, porte-parole du Groupe industriel Baltic, société d'État qui a repris une partie des chantiers.

Sous le communisme, « il fallait bien employer les femmes quelque part, et comme elles ne pouvaient pas faire des travaux pénibles, l'idée était de les intégrer dans la conduite de grues », précise-t-elle. « C'était une entreprise où travaillaient des familles entières. »
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Halina Krauze en témoigne elle
Halina Krauze en témoigne : elle a rencontré son mari Stanisław sur les chantiers, et ils travaillent aujourd'hui dans la même brigade. « Oh, il est là-bas en haut ! » lance-t-elle en saluant d'un geste vif la cabine qui passe.
Dans les pas d'Anna Walentynowicz
Entrée en 1983 dans les chantiers alors nommés Vladimir Lénine, Halina Krauze a d'abord travaillé dans une chaufferie à charbon avant de devenir grutière. Elle a vécu la faillite, toutes les restructurations, le passage de la construction de « une bonne dizaine de navires par an » aux « dizaines de tours d'éoliennes ».



Elle est fière d'avoir travaillé avec la même grue qu'Anna Walentynowicz, figure fondatrice de Solidarité, dont le licenciement en août 1980 avait déclenché la grande grève des chantiers et mené à la création du premier syndicat libre du bloc communiste. « Elle était une sorte de légende, surtout parmi la vieille génération », se souvient-elle.
Des Ukrainiennes perpétuent la tradition
Lesia Kovaltchouk, Ukrainienne de 48 ans réfugiée en Pologne depuis l'invasion russe de 2022, a rejoint les chantiers après une quinzaine d'années comme grutière en Ukraine. Elle transmet désormais son savoir-faire aux jeunes apprentis.



« Les mecs, c'est vite, vite, et les filles c'est tout en délicatesse », sourit-elle. Elle rappelle la responsabilité du métier : « En dessous de toi, il y a des gens et tu dois faire attention pour qu'il ne leur arrive rien. » « En Ukraine, c'est tout à fait normal que ce soient les femmes qui travaillent comme opératrices de grues. Personne ne s'étonne », affirme-t-elle.
À la veille de la Journée
À la veille de la Journée internationale des droits des femmes, Halina Krauze se montre nostalgique. Elle évoque l'époque communiste où les ouvrières recevaient « les fameux collants, des chocolats, des œillets ». Aujourd'hui, regrette-t-elle, « il n'y a plus rien, tous les syndicats oublient les femmes ».




















