Deux Hongries se sont fait face dimanche 15 mars dans les rues de Budapest. Des dizaines de milliers de personnes ont participé à deux rassemblements rivaux, l'un en faveur du Premier ministre Viktor Orban, l'autre en soutien au chef de l'opposition Peter Magyar, à quatre semaines d'élections législatives prévues le 12 avril.
Orban en campagne contre l'Ukraine
Devant le Parlement, Viktor Orban a promis que son gouvernement « préserverait la Hongrie comme une île de sécurité et de calme dans un monde si chaotique ». Il a appelé l'Ukraine à cesser d'« attaquer » son pays, accusant Kiev de bloquer l'oléoduc Droujba qui transporte du pétrole russe vers la Hongrie.
La semaine précédente, la Hongrie a arrêté sept convoyeurs de fonds ukrainiens et saisi environ 70 millions d'euros qu'ils transportaient, sur fond de dispute autour de l'oléoduc. L'Ukraine affirme que les réparations de Droujba, endommagé fin janvier par des frappes russes, ne sont pas terminées. Zelensky a toutefois laissé entendre qu'il souhaitait qu'elles ne soient « pas faites, car il s'agit de pétrole russe ».
En représailles, Orban bloque un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine ainsi qu'un nouveau train de sanctions contre la Russie. À la traîne dans les sondages indépendants, le dirigeant nationaliste, au pouvoir depuis 16 ans, accuse l'Union européenne et l'Ukraine de soutenir, voire de financer, l'opposition.
Magyar accuse Orban de collusion avec Moscou
Peter Magyar, qui représente le principal défi électoral auquel Orban ait fait face, accuse de son côté le Premier ministre de chercher l'aide de Vladimir Poutine pour se maintenir au pouvoir. Le média d'investigation régional VSquare et le Financial Times ont révélé l'existence d'une campagne russe secrète sur les réseaux sociaux en faveur du Fidesz.
« Les accusations contre le parti de Magyar ne sont que des paroles en l'air. Ils essaient de détourner l'attention de l'état scandaleux des affaires publiques », a estimé Noemi Kiss, responsable de communication de 28 ans, auprès de l'AFP.
Robert Laszlo, spécialiste des élections au sein du groupe de réflexion Political Capital, estime qu'Orban « fait tout ce qu'il peut pour ramener la psychose de la guerre qui lui a valu une quatrième super-majorité en 2022 ». Selon l'analyste, « après 16 ans au pouvoir, Orban n'a pas de bonne réponse au principal message de Magyar, selon lequel les services publics s'effondrent à cause de la corruption généralisée ».
Un scrutin historique le 12 avril
Les deux camps ont mobilisé leurs partisans le jour de la fête nationale hongroise, qui commémore le soulèvement de 1848 contre la domination autrichienne. Des panneaux d'affichage représentant Zelensky sous un jour négatif ont fleuri dans tout le pays. « Nous ne serons pas une colonie ukrainienne », pouvait-on lire sur l'une des banderoles du cortège pro-Orban.

Le scrutin du 12 avril constitue le plus grand test électoral pour Viktor Orban depuis son retour au pouvoir en 2010. L'issue reste incertaine : les sondages indépendants donnent Magyar en tête, tandis que les instituts proches du gouvernement prédisent une victoire du Fidesz.















