Un an d'âge de départ se compte en milliards d'euros. La Cour des comptes l'a chiffré en février 2025, à la demande du Premier ministre de l'époque : ramener l'âge légal d'un an seulement, de 64 à 63 ans, représenterait « une dépense supplémentaire pour le système des retraites de 5,8 Md€ en 2035 ». Pour l'ensemble des finances publiques, la facture monterait à 13 milliards cette année-là, la Cour tenant compte de l'effet sur les recettes sociales et fiscales.
Le retour à 62 ans, lui, n'a pas été chiffré par la Cour. « Le scénario d'un retour à 62 ans, poussé par les organisations syndicales, n'a pas été étudié », relevait Public Sénat le jour de la publication du rapport. Interrogé par Le Parisien, Pierre Moscovici, alors premier président de la Cour, en avait donné un ordre de grandeur : « Cela creuserait encore le déficit d'une dizaine de milliards d'euros à l'horizon 2030. »
Une promesse au cœur de la campagne
La question revient dans la course à l'Élysée. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, défend un retour de la retraite à 62 ans, voire à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, rappelait l'Agence France-Presse le 26 août, à la veille du premier grand débat entre candidats, en relevant que cette position avait pu faire l'objet de divergences au sein de son parti. Les organisations syndicales réclamaient déjà ce retour en 2025.
L'âge légal est passé de 60 à 62 ans avec la réforme de 2010, puis porté progressivement de 62 à 64 ans par celle de 2023, à partir du 1er septembre 2023. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 a ensuite suspendu une partie de cette montée en charge. Sébastien Lecornu l'avait concédée aux socialistes, et cet accord avait permis au gouvernement d'échapper à la censure, rappelait l'AFP le 23 septembre. Selon le tableau publié par l'Assurance retraite, une personne née en 1964 peut partir à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans ; une personne née en 1968, à 63 ans et 9 mois au lieu de 64 ans. Pour les générations nées à partir de 1969, rien ne change : l'âge légal reste de 64 ans.
Un système déjà en déficit
Le Conseil d'orientation des retraites, qui publie chaque année ses projections, évalue cette suspension à environ 1,8 milliard d'euros par an, de 2026 à 2032. Après cette période, écrit-il dans son rapport de juin 2026, l'âge de 64 ans s'appliquerait comme prévu et la suspension n'aurait plus d'effet.
Le point de départ n'est pas l'équilibre. Toujours selon le Conseil d'orientation des retraites, le système resterait en déficit sur toute la période étudiée, à réglementation inchangée : environ 6,8 milliards d'euros en 2030, soit 0,2 point de produit intérieur brut, puis 0,9 point en 2045. Les dépenses de retraite représentaient 14,1 % de la richesse nationale en 2025. La Cour des comptes, avec ses propres hypothèses, projetait en février 2025 un déficit de près de 15 milliards d'euros en 2035 et d'environ 30 milliards en 2045.
Les Français partent déjà plus tard qu'avant. L'âge moyen de départ atteignait 63,1 ans en 2025 et passerait à 64,6 ans à partir des années 2040 sous l'effet des réformes votées, d'après le Conseil. En 2022, avec un âge moyen de 62 ans et 8 mois, la France se situait au 22e rang des 27 pays de l'Union européenne, un an sous la moyenne européenne, notait la Cour.
Aucun de ces organismes ne dit comment financer un retour à 62 ans : ce choix, qui peut passer par des cotisations, des impôts ou le niveau des pensions, revient aux candidats et, après l'élection, au Parlement.











