À la radio ou à la télévision, le soutien d'un candidat qui s'en prend à un adversaire ne parle pas pour rien. Lors de la présidentielle de 2022, ses critiques étaient « incluses dans le temps de parole du candidat à qui ce soutien est apporté », à condition qu'il le soutienne explicitement. La règle figurait dans la recommandation adoptée le 6 octobre 2021 par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, devenu depuis l'Arcom.
Pour 2027, l'Arcom a annoncé qu'elle ferait connaître ses recommandations aux radios, aux télévisions et aux plateformes numériques « à l'automne ». Le cadre dans lequel elles s'inscriront est, lui, déjà fixé par la loi.
L'équité d'abord, l'égalité ensuite
La loi du 6 novembre 1962 sur l'élection présidentielle distingue deux moments. De la publication de la liste officielle des candidats jusqu'à la veille de la campagne, les chaînes et les stations doivent respecter « le principe d'équité » : le temps accordé à chacun tient compte de sa représentativité et de sa contribution à l'animation du débat électoral. À partir de l'ouverture de la campagne, et jusqu'au tour où l'élection est acquise, s'applique « le principe d'égalité » : le même temps pour tous.
La liste des candidats doit être publiée par le Conseil constitutionnel au plus tard le quatrième vendredi avant le premier tour, soit le 26 mars 2027. La campagne s'ouvre ensuite « à partir du deuxième lundi qui précède la date du scrutin », soit le 5 avril 2027 pour un premier tour fixé au 18 avril, et le lendemain du premier tour pour le second. En 2022, l'autorité avait ajouté une période d'équité avant même la liste officielle, à partir du 1er janvier, pour les candidats « déclarés », c'est-à-dire ayant « manifesté publiquement » leur volonté de concourir, et pour les candidats « présumés », ceux qui recueillent « des soutiens publics et significatifs ».
Ce que l'on chronomètre
Deux mesures coexistent. Le temps de parole couvre les interventions du candidat et celles de ses soutiens. Le temps d'antenne y ajoute l'ensemble des séquences qui lui sont consacrées, « dès lors qu'elles ne lui sont pas explicitement défavorables ».
Pour juger de l'équité, la recommandation de 2021 retenait comme indices de représentativité les résultats des dernières élections, le nombre et la catégorie d'élus, et les sondages. La contribution au débat se mesurait aux réunions publiques, aux déplacements, à la présence sur tous les moyens de communication, réseaux sociaux compris, et à la participation à des débats.
Pendant la campagne, l'égalité ne se limitait pas en 2022 au total des minutes. Les candidats devaient bénéficier de « conditions de programmation comparables » dans chaque tranche horaire : le matin, la journée, la soirée et la nuit, de minuit à 6 heures. La nuit pèse dans ce débat. En juin 2026, l'Arcom avait reproché à France Inter et à France Info d'avoir diffusé la nuit une grande part du temps de parole d'un parti, comme nous l'avons expliqué dans notre article sur les deux règles du pluralisme. Elle a décidé depuis de ne plus tenir compte, à partir du 1er octobre 2026, des prises de parole des personnalités politiques diffusées la nuit. La façon dont la nuit sera traitée pendant la campagne de 2027 relève de la recommandation attendue à l'automne.
Le président sortant, un cas à régler
En 2022, les interventions du chef de l'État relevant du débat politique étaient comptées s'il était « candidat déclaré ou présumé ». Emmanuel Macron l'était. En 2027, il ne peut pas se présenter : la règle telle qu'elle était écrite ne s'appliquerait plus à lui, et c'est la recommandation annoncée pour l'automne qui fixera le traitement de ses prises de parole.
Le chronomètre ne dit pas tout. Depuis une décision du Conseil d'État du 13 février 2024, l'Arcom doit veiller à ce que les chaînes assurent, « dans le respect de leur liberté éditoriale », l'expression pluraliste des opinions « en tenant compte des interventions de l'ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités », et non plus des seules personnalités politiques.
Les minutes, elles, ne sont pas mesurées par l'autorité elle-même. Il revient aux chaînes et aux stations, rappelait l'Arcom en juillet 2026, d'identifier les personnalités politiques, de relever leurs temps de parole « et de les lui transmettre ».











