Un écrivain libéré de prison aux portes de l'Académie
Les membres de l'Académie française se réunissent jeudi 29 janvier à 15 heures, à huis clos sous la Coupole, pour choisir un successeur à l'historien Jean-Denis Bredin, décédé en 2021. Parmi les six candidats en lice, Boualem Sansal, 81 ans, est le plus connu. Il s'est déclaré à la dernière minute, le 8 janvier.
Un premier vote pour ce fauteuil avait eu lieu le 11 décembre, mais aucun candidat n'avait obtenu la majorité. S'il était élu, Boualem Sansal rejoindrait les « immortels », surnom donné aux académiciens, actuellement au nombre de 35, cinq sièges étant vacants.
Parmi les académiciens figurent Amin Maalouf
Parmi les académiciens figurent Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas et Erik Orsenna. L'écrivain franco-algérien avait déjà été honoré par l'Académie le 4 décembre, lorsqu'elle lui avait remis le prix mondial Cino del Duca, trois semaines après sa libération le 12 novembre.
« Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté, des petites choses. Je ne parle pas des grandes. Des petites choses. Des bons petits repas, des petits trucs. Vous n'imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs », a-t-il déclaré lundi en recevant à Strasbourg la médaille de la ville.
De l'arrestation à Alger à la grâce présidentielle
La vie de cet ex-fonctionnaire algérien avait basculé le 16 novembre 2024 lorsqu'il avait été arrêté à son arrivée à Alger en provenance de Paris, avant d'être emprisonné. Son sort avait aussitôt ému en France, où une campagne s'était lancée en faveur de cet athée revendiqué, adversaire des jihadistes et critique du pouvoir à Alger.
Condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l'unité nationale » après des déclarations en octobre 2024 au média français d'extrême droite Frontières, il avait bénéficié d'une grâce accordée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Une oeuvre littéraire de trente ans
Boualem Sansal est l'auteur d'une trentaine de romans, recueils de nouvelles et essais depuis 1999. Il a reçu le grand prix du roman de l'Académie française en 2015 pour 2084. La fin du monde (Gallimard), inspiré du chef-d'oeuvre de George Orwell 1984, ex aequo avec Hédi Kaddour. Il est également l'auteur de Rue Darwin, du Village de l'Allemand et de Vivre.
Lors de son passage à Strasbourg lundi, l'écrivain a précisé avoir détaillé sa vision de la langue française dans Le français, parlons-en ! (Cerf), publié en 2024. « Je crois qu'il faut redéfinir beaucoup, beaucoup de termes », a-t-il indiqué.
Le fonctionnement de l'élection académique
Fondée en 1635 par Richelieu, l'Académie française a pour mission de « donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Elle rédige un dictionnaire et se prononce sur des règles orthographiques.
Pour y être élu, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages. Trois, voire quatre tours de scrutin peuvent être nécessaires. Le nouvel « immortel » est intronise lors d'une cérémonie à huis clos et reçoit alors un habit vert brodé de rameaux d'olivier et une épée.
En novembre 2025 lAcadémie avait élu
En novembre 2025, l'Académie avait élu deux nouveaux entrants, les écrivains Florian Zeller et Éric Neuhoff.











