En 2022, la remise à la pompe a profité à tout le monde, mais pas autant à chacun. Les 25 % de ménages les plus aisés en ont retiré « entre 64 et 115 euros, contre entre 29 et 48 euros pour les 25 % les plus modestes », a calculé l'Insee en juillet 2023, à partir des dépenses bancaires d'un large échantillon de clients du Crédit Mutuel. La raison est mécanique : une baisse par litre rapporte davantage à ceux qui achètent le plus de litres, et les ménages aisés consomment en moyenne davantage de carburant. L'institut ajoute que cet allègement a représenté pour eux « une part plus faible de leur revenu ».
Cette remise a coûté 8 milliards d'euros en 2022, selon un rapport sénatorial publié en juin 2023. En 2026, le gouvernement a choisi une autre voie : une aide réservée à certains automobilistes. Le 22 septembre, alors que le gazole venait de dépasser 2,39 euros le litre, il l'a élargie, pour un coût annoncé de 450 millions d'euros sur la fin de l'année, aides aux professionnels comprises.
Viser ceux qui dépendent de leur voiture
Le dispositif élargi le 22 septembre 2026 verse « 100 € pour ces trois mois », d'octobre à décembre, à 5,5 millions de Français, contre 3 millions jusque-là. Il faut prendre sa voiture pour aller travailler, à au moins 15 kilomètres de chez soi ou pour au moins 8 000 kilomètres par an, et ne pas dépasser un plafond de revenus fixé par le ministère : 2 050 euros pour une personne seule, 4 070 euros net pour un couple, 6 100 euros pour un couple avec deux enfants. Le ministère de la Transition écologique évalue l'aide à l'équivalent de 40 centimes par litre, deux fois plus qu'auparavant. Les 450 millions couvrent aussi des aides aux pêcheurs, aux agriculteurs et au bâtiment, prolongées jusqu'au 31 décembre.
L'Insee a mesuré qui dépend le plus de sa voiture. Dans une étude publiée le 8 septembre 2026, il a compté 2,2 millions de ménages, soit 10,6 % des ménages propriétaires d'une voiture, qui ont consacré en 2021 plus d'un mois de leurs revenus annuels au carburant. La moitié d'entre eux ont roulé plus de 27 500 kilomètres dans l'année, près de deux fois plus que la moitié de l'ensemble des ménages motorisés, qui dépasse 14 500 kilomètres. Parmi eux, 38 % sont pauvres, contre 10 % des ménages qui ont une voiture. En zone rurale, la proportion atteint 13,5 %, contre 9 % dans les intercommunalités urbaines.
Ce que la taxe finance, et ce que le prix change
Le choix tient aussi au budget. Les taxes sur les carburants « servent à financer les dépenses de l'État », a rappelé Emmanuel Macron le 24 septembre, en jugeant qu'une baisse n'était « pas la décision la plus vertueuse ». Nous avons détaillé dans un précédent article ce que l'État peut faire sur le prix de l'essence et combien rapporte cette taxe.
Le prix agit enfin sur les volumes. Selon la même étude de l'Insee de 2023, quand les prix augmentent de 1 %, les quantités achetées par les automobilistes baissent à court terme de 0,21 % à 0,40 %. Une aide forfaitaire laisse le prix à la pompe inchangé ; une baisse générale le fait reculer pour tous.
Une aide ciblée a sa propre limite : encore faut-il la demander. Pour la période d'avril à septembre, la démarche se faisait sur impots.gouv.fr. À la mi-septembre, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l'Énergie, estimait à 1,5 million le nombre de Français qui y avaient droit sans l'avoir demandée, comme nous l'avons relevé dans notre suivi des prix des carburants.











