Le baril de Brent valait 96,02 dollars le 31 août, contre 87,68 dollars deux semaines plus tôt : plus de huit dollars repris, près de 10 %. Dans le même temps, le gazole passait de 2,209 à 2,267 euros le litre en France, six centimes de plus, moins de 3 %.
Ce décalage entre un brut qui bondit et un litre qui bouge à peine n'a rien d'énigmatique : sur le totem d'une station, le pétrole pèse moins d'un quart du prix affiché, et l'impôt en pèse près de la moitié.
Les prix relevés le 5 septembre
Moyennes calculées sur les prix déclarés par les stations au ministère de l'Économie, relevés par nos soins le 5 septembre 2026, toutes les stations ayant déclaré un prix confondues.
| Carburant | Prix moyen (€/L) | Le moins cher | Le plus cher | Stations |
|---|---|---|---|---|
| Gazole | 2,267 | 1,299 | 2,800 | 9 633 |
| SP98 | 2,189 | 1,980 | 2,834 | 7 146 |
| SP95 | 2,134 | 1,549 | 2,740 | 2 976 |
| SP95-E10 | 2,097 | 1,880 | 2,684 | 7 373 |
| GPL | 1,050 | 0,825 | 2,191 | 1 510 |
| Superéthanol E85 | 0,877 | 0,648 | 2,249 | 3 954 |
Sur six mois, le gazole a suivi une courbe en cuvette, puis il est reparti à la hausse : 2,211 euros de moyenne en mars, 2,260 en avril — son plus haut, à 2,358 le 9 avril —, 2,163 en mai, 1,986 en juin, 2,039 en juillet, puis 2,209 le 16 août et 2,267 le 5 septembre. Le sans-plomb E10 a suivi avec un temps de retard : 1,945 euro en juin, 2,007 le 16 août, 2,097 le 5 septembre.
Ce que contient un litre
Un litre de gazole vendu 2,267 euros se décompose en trois parts.
L'impôt d'abord, et il est double. L'accise sur les produits énergétiques — l'ancienne TICPE — est un montant fixe par volume, indifférent au cours du pétrole. Le guide 2026 de la fiscalité des énergies du ministère de la Transition écologique la fixe, au 1er août 2026, à 60,75 euros par hectolitre pour le gazole, 67,50 pour le SP95-E10, 69,02 pour le SP95-E5 et le SP98, et 11,83 pour le superéthanol E85. Soit, par litre, 60,75 centimes sur le gazole. Par-dessus, la TVA à 20 % s'applique au prix accise comprise : elle taxe donc aussi la taxe, et ajoute 37,8 centimes.
Le pétrole ensuite. Un baril contient 159 litres. À 96,02 dollars, il revient à 60 cents le litre, soit 52,1 centimes d'euro au change du même jour, un euro valant alors 1,1596 dollar. C'est la valeur de la matière première contenue, pas une ligne de coût comptable : une raffinerie ne tire pas un litre de gazole d'un litre de brut.
Et 1,28 euro sur le gazole, enfin, couvre le raffinage, le transport, le stockage, la distribution et les marges.
| Sur un litre vendu | Gazole (2,267 €) | SP95-E10 (2,097 €) |
|---|---|---|
| Accise | 0,608 € | 0,675 € |
| TVA à 20 % | 0,378 € | 0,350 € |
| Total impôt | 0,985 € — 43 % | 1,025 € — 49 % |
| Valeur du brut contenu | 0,521 € — 23 % | 0,521 € — 25 % |
Sur le sans-plomb E10, le carburant le plus vendu du pays, l'impôt approche la moitié du prix payé. Et comme l'accise est un montant fixe, cette part augmente quand le prix baisse.
Pourquoi la pompe ne suit pas le baril
La conséquence de cette structure est arithmétique. Dix dollars de plus sur le baril représentent 5,4 centimes d'euro par litre, 6,5 centimes une fois la TVA appliquée. Sur un plein de 50 litres, une secousse de dix dollars sur les marchés pèse 3,25 euros. Quand le baril bondit de 10 % en une séance, le litre ne peut guère bouger de plus de six centimes.
Les trois dernières semaines l'illustrent : plus de huit dollars repris sur le baril, un peu plus de cinq centimes attendus sur le litre, six constatés.
S'ajoute un décalage dans le temps. Une station ne vend pas le pétrole du jour : elle écoule un carburant raffiné et livré plusieurs jours, parfois plusieurs semaines auparavant, à un prix déjà payé. Une hausse du brut met du temps à atteindre le totem, et une baisse aussi.
Le change joue enfin son rôle. Le pétrole s'achète en dollars et se revend en euros : à baril constant, un dollar qui monte renchérit le plein, un dollar qui baisse l'allège. C'est l'une des raisons pour lesquelles la France n'a encaissé ni toute la flambée du printemps, ni tout le reflux qui a suivi le verrouillage du détroit d'Ormuz.
Le gazole, moins taxé et pourtant plus cher
La réponse ne tient pas à la fiscalité, contrairement à l'intuition. Le gazole est le moins taxé des deux : 60,75 centimes d'accise contre 67,50 pour le SP95-E10, soit près de sept centimes de moins. Il est pourtant 17 centimes plus cher à la pompe.
Tout l'écart se loge hors taxes. Le litre de gazole y revient à 1,28 euro, contre 1,07 euro pour le sans-plomb : 21 centimes de plus pour le produit lui-même, son raffinage et son acheminement.
Le contraste le plus net reste celui du superéthanol E85, à 0,877 euro le litre dans 3 954 stations : moins de la moitié du prix du sans-plomb, parce qu'il est composé très majoritairement d'éthanol agricole et supporte une accise près de six fois inférieure. Il réclame un véhicule compatible ou un boîtier homologué, et il consomme davantage au cent kilomètres.
Où le plein coûte le plus cher
La moyenne nationale cache des écarts qui se voient sur la facture, et qui pèsent dans un budget des ménages déjà contraint. Département par département, le 5 septembre, le gazole va de 2,220 euros dans le Finistère à 2,337 euros à Paris. Douze centimes d'écart, soit près de six euros sur un plein de 50 litres.
D'un relevé à l'autre, la carte bouge peu : les départements les plus chers sont Paris et sa petite couronne, Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis en tête, suivis des Alpes-Maritimes et de la Haute-Marne ; les moins chers se répartissent sur la façade atlantique et l'Ouest, du Finistère à la Loire-Atlantique, en passant par les Côtes-d'Armor, la Mayenne et le Lot-et-Garonne. D'une station à l'autre, l'écart est bien plus large encore : le même jour, le gazole s'affichait de 1,299 à 2,800 euros selon le point de vente, tels que les prix sont déclarés. Le relevé station par station permet de comparer autour de chez soi.
L'aide de 100 euros court jusqu'au 30 septembre
Aucune remise générale n'est en vigueur à la pompe. Le seul dispositif ouvert aux particuliers est l'aide aux travailleurs dits « grands rouleurs » : 100 euros, une fois par véhicule et par usager, à demander depuis son espace personnel sur impots.gouv.fr.
Le formulaire, ouvert depuis le 27 mai, devait fermer le 30 juillet, puis le 31 août : un arrêté publié le 8 août avait déjà repoussé la date une première fois. Le 3 septembre, la ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon, a annoncé une seconde prolongation, jusqu'au 30 septembre, que le ministère de l'Économie confirme sur son site. Au 5 septembre, nous n'avons pas trouvé au Journal officiel le texte qui l'inscrit.
Trois conditions se cumulent :
- utiliser un véhicule thermique ou hybride non rechargeable pour se rendre au travail ;
- parcourir au moins 15 kilomètres par trajet domicile-travail, ou 8 000 kilomètres par an ;
- déclarer un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 euros.
Aucun justificatif n'est demandé, les conditions sont vérifiées automatiquement, et le virement intervient environ dix jours après la demande. Selon la ministre, 1,4 million de demandes avaient été déposées au 3 septembre, pour près de trois millions de personnes éligibles.
Les aides aux professions les plus exposées — agriculteurs, pêcheurs, bâtiment et travaux publics — sont reconduites pour septembre et octobre, pour environ 70 millions d'euros par mois, a indiqué la ministre le même jour. Les transporteurs routiers en sont exclus.
Pour le reste, il n'y a que la géographie des prix. À 2,267 euros le litre, remplir 50 litres de gazole coûte 113,37 euros, dont 49,27 d'impôt et 26,04 de pétrole brut. Choisir la bonne station en vaut près de six.
Ce qui est établi, contesté ou inconnu
Établi — Les prix relevés le 5 septembre dans 9 633 stations pour le gazole, et les moyennes mensuelles de mars à juillet, mesurés sur les prix déclarés par les stations au ministère de l'Économie. Les tarifs d'accise au 1er août 2026, publiés par le ministère de la Transition écologique. Le cours du Brent au 31 août, dernier publié par l'agence américaine de l'énergie, et le change du même jour à la Banque centrale européenne. La prolongation de l'aide au 30 septembre, annoncée par la ministre et confirmée par le ministère de l'Économie.
Contesté — La part des marges dans le prix hors taxes, que les distributeurs et les associations de consommateurs n'évaluent pas de la même façon. Le calcul présenté ici s'arrête à ce qui est vérifiable : impôt, valeur du brut, et un solde qui regroupe raffinage, logistique, distribution et marges sans les séparer.
Inconnu à cette date — La suite du cours du baril, suspendue au trafic dans le détroit d'Ormuz. Et le sort de l'aide de 100 euros après le 30 septembre, sur lequel le gouvernement n'a rien annoncé.











