Le ministère public a requis jeudi 5 mars quatre ans de prison avec sursis à l'encontre de Christophe Ellul, 51 ans, jugé depuis mardi devant le tribunal de Soissons (Aisne) pour l'homicide involontaire de sa compagne Elisa Pilarski. La jeune femme, 29 ans et enceinte de six mois, avait été découverte morte le 16 novembre 2019, le corps couvert de morsures canines, dans une forêt de la région. La procureure a également demandé l'euthanasie du chien Curtis, à qui l'enquête attribue les morsures.
La décision, mise en délibéré, sera rendue le 11 juin à 14h00.
Un pitbull importé illégalement et dressé au mordant
L'enquête a établi que Curtis était un American Pitbull Terrier importé illégalement en France, car non déclaré aux autorités. Christophe Ellul est notamment accusé d'avoir dressé ses chiens, dont Curtis, « au mordant », une pratique interdite en France.
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« En adoptant Curtis puis en l'entraînant ainsi, vous avez importé une arme et vous l'avez chambrée », a souligné la procureure lors de ses réquisitions. Elle a toutefois estimé ne pas penser que le prévenu était « conscient de maltraiter » Curtis ni de le dresser de manière dangereuse.
La procureure na pas la certitude
La procureure n'a pas la « certitude » que la possession de ce type de chiens soit interdite en France, la législation étant floue sur ce point. Elle a demandé d'écarter les circonstances aggravantes et de prendre en compte l'ancienneté des faits, l'absence de casier judiciaire du prévenu et sa souffrance liée au décès d'Elisa Pilarski. Christophe Ellul encourait jusqu'à cinq ans de prison sans circonstance aggravante et dix si au moins deux étaient retenues.
Des aveux puis un retrait
Après plusieurs années à rejeter l'implication de son chien, Christophe Ellul avait fini par reconnaître mercredi avoir eu « la preuve », grâce à l'analyse des morsures, que Curtis était « coupable ». L'expertise avait déterminé que les morsures exploitables correspondaient aux caractéristiques physiques de l'animal.
Mais jeudi matin, le quinquagénaire a refusé de réitérer ses propos, estimant n'avoir « pas fait d'aveux » et chercher « la vérité » depuis le début. Tout au long du procès, il a assuré que Curtis, âgé de deux ans au moment du drame, n'avait « jamais » été agressif. « Il est tout à fait possible que votre chien, la première fois qu'il ait mordu, ç'ait été pour tuer Elisa », lui a répondu la procureure.
Dès le début M
Dès le début, M. Ellul avait défendu la thèse d'une possible implication d'une meute de chiens chassant à courre dans la zone. Mais les analyses menées au fil de l'instruction, notamment ADN, ont orienté le faisceau d'indices vers le seul Curtis.
Relaxe plaidée par la défense
L'avocat du prévenu, Me Alexandre Novion, a plaidé la relaxe, décrivant son client comme « un homme détruit » et « une victime » qui a perdu sa compagne et leur enfant à naître. « La vérité, je ne crois pas qu'on la connaîtra jamais », a-t-il regretté devant la presse, dénonçant les zones d'ombre d'une longue instruction.
« J'aimais Elisa plus que tout », a déclaré Christophe Ellul, saisi d'une crise de larmes, lors de sa dernière prise de parole à la barre. Il a assuré avoir mené ce « combat » pour la « vérité ».
Le bilan humain
La mère de la victime, Nathalie Labastarde, a estimé pour sa part : « Le petit pourcentage de doute que j'avais encore au fond de ma tête, je ne l'ai plus. Tout nous amène à penser que c'est Curtis qui a attaqué Elisa. » La mère et l'oncle de la victime ont quitté le tribunal avant la dernière prise de parole de Christophe Ellul.
Aujourd'hui âgé de huit ans, Curtis vit en chenil depuis le drame. La procureure a estimé qu'il « aurait fallu l'euthanasier avant » plutôt que de le laisser vivre dans un box de 4 mètres carrés. L'association de protection animale Les amis de Sam, partie civile, s'est proposée pour accueillir l'animal et lui éviter l'euthanasie, estimant qu'il pourrait être rééduqué.











