Le procès de la compagnie aérienne espagnole Swiftair, propriétaire de l'avion du vol AH5017 qui s'était écrasé au Sahel en 2014 avec 116 personnes à bord, s'est ouvert lundi 9 mars devant le tribunal correctionnel de Paris. Près de douze ans après la catastrophe, plusieurs dizaines de proches de victimes étaient présents dans la salle d'audience.
Le crash du 24 juillet 2014 : 116 morts
Le McDonnell Douglas MD-83, loué par Air Algérie à Swiftair avec son équipage, effectuait le vol Ouagadougou-Alger lorsqu'il s'est écrasé dans le nord du Mali. Les 110 passagers, dont 54 Français, 23 Burkinabès, des Libanais et des Algériens, ainsi que les six membres d'équipage espagnols, ont tous péri.
L'enquête a établi qu'en pleine nuit, dans une zone intertropicale orageuse, la non-activation du système d'antigivrage avait conduit à la formation de cristaux de glace dans les capteurs de pression. Cela avait entraîné la décélération automatique des moteurs sans réaction appropriée de l'équipage, jusqu'au décrochage fatal.
Swiftair accusée de « formation lacunaire »
Les juges d'instruction français ont estimé que « divers manquements de la part de la compagnie » avaient joué un rôle dans l'accident, en particulier une « formation lacunaire » de l'équipage qui ne lui avait « pas permis de réagir de manière adaptée ». Swiftair est poursuivie pour « homicides involontaires par négligence et imprudence ».
Le vice-président de Swiftair, Fernando Llorens, a déclaré en audience : « Je suis convaincu qu'on ne peut pas imputer à Swiftair un manque de respect du règlement. » Il a présenté ses « condoléances aux familles et proches des victimes ».
Un procès compliqué par des questions procédurales
La défense conteste la compétence du tribunal français, invoquant un non-lieu prononcé en Espagne et le principe du « non bis in idem », selon lequel nul ne peut être poursuivi deux fois pour les mêmes faits. Le tribunal examinera cette demande à l'issue du procès, en même temps que le fond du dossier.
Swiftair fait valoir que l'accident résulte d'une combinaison de facteurs extérieurs : « les lacunes du manuel de vol sur le givrage par cristaux de glace » et « les lacunes de Boeing et de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) sur le décrochage qui intervient soudainement sans alarme préalable ». Le procès doit durer quatre semaines.
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