De Paris à Marseille en passant par Lyon et Toulouse, la vidéosurveillance s'est imposée comme la mesure sécuritaire phare de la campagne des municipales 2026. D'après un décompte de l'Institut Montaigne, au moins un candidat promet de renforcer la vidéoprotection dans 11 des 12 plus grandes villes de France, tous bords politiques confondus.
Une surenchère de caméras dans les grandes villes
À Marseille, le maire sortant de gauche Benoît Payan prévoit d'installer 200 caméras par an, quand Martine Vassal (droite et centre) promet d'en déployer 3 000. Franck Allisio (RN) veut doubler le parc actuel à 4 000 caméras. Le Rassemblement national en a fait un slogan national : « Votre maire refuse la vidéoprotection ? Les 15 et 22 mars, élisez un maire RN ! »
À Paris, la candidate LR Rachida Dati souhaite doubler le nombre de caméras à 8 000 pour supprimer tout « angle mort ». « C'est préventif, c'est dissuasif et ce sont des éléments de preuve pour les procédures judiciaires », a-t-elle déclaré lundi sur Franceinfo.
Des promesses que la recherche ne confirme pas
« Le point observé, peu importe le territoire, c'est que les caméras installées sur l'espace public n'ont pas d'effet dissuasif », affirme Guillaume Gormand, chercheur à Sciences Po Grenoble, spécialiste de la vidéosurveillance. L'effet peut s'observer dans des cadres restreints, comme les « parkings fermés » ou les « réseaux de transports en commun ».
En 2020, la Cour des comptes relevait l'absence de « corrélation globale » entre vidéoprotection et niveau de la délinquance. Dans une étude de 2021 pour le CREOGN, Guillaume Gormand notait que la découverte d'indices dans les enregistrements restait « finalement assez exceptionnelle » et utile « dans une proportion marginale d'enquêtes ».
Pierre-Olivier Weiss, professeur de sociologie à San Diego State University, estime que la promesse de supprimer tout angle mort « relève davantage d'un objectif politique que d'une réalité opérationnelle ». Obstacles matériels, variations de lumière et contraintes juridiques rendent une couverture exhaustive « pratiquement impossible ».
Un symbole politique avant tout
L'Association nationale de la vidéoprotection (AN2V) reconnaît elle-même que la vidéosurveillance n'est pas une « solution universelle », mais un « symbole politique puissant ». « Visible, matérialisable, facilement compréhensible, elle donne l'illusion d'une action immédiate sur un sujet anxiogène », écrit l'association dans un livre blanc destiné aux élus.
« En pratique, la vidéoprotection n'est ni une panacée ni un danger systémique. Elle est parfois pertinente, parfois inutile, parfois contre-productive si elle est mal pensée », conclut l'AN2V, qui invite les candidats à « dire où la caméra a un intérêt réel, où elle n'en a aucun, et surtout ce qu'elle ne remplacera jamais ».











