En juin 2020, la vague verte avait constitue le fait politique majeur des municipales. Sept grandes villes avaient bascule : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Poitiers, Besancon, Annecy. Six ans plus tard, les maires ecologistes passent leur premier examen electoral. Le verdict du premier tour du 15 mars est contraste : certains resistent, d'autres s'effondrent. L'analyse ville par ville revele ce qui fait la difference.
Le tableau de bord : ville par ville
| Ville | Maire vert 2020 | Score 2020 | Score premier tour 2026 | Position |
|---|---|---|---|---|
| Lyon | Gregory Doucet | 52,4 % (second tour) | 36,8 % | 1er ex aequo (= Aulas) |
| Bordeaux | Pierre Hurmic | 46,5 % (second tour) | 27,7 % | 1er (devant Cazenave 25 %) |
| Strasbourg | Jeanne Barseghian | 42,8 % (second tour) | 19,7 % | 3e (derriere Trautmann PS et Vetter LR) |
| Besancon | Anne Vignot | 43 % (second tour) | Devancee | Devancee |
Le contraste est saisissant. A Lyon, Doucet fait mentir tous les sondages qui le donnaient perdant (35 % contre 43 % pour Aulas). A Strasbourg, Barseghian perd un tiers de son electorat de 2020 et se retrouve troisieme, derriere la socialiste Catherine Trautmann et le republicain Jean-Philippe Vetter. A Bordeaux, Hurmic mene de justesse mais reste sous la menace.
Lyon : pourquoi Doucet resiste
Gregory Doucet est la surprise de la soiree. Les sondages le donnaient a 35 %, il termine a 36,8 %, a egalite parfaite avec Jean-Michel Aulas. Brice Teinturier (Ipsos) a qualifie ce resultat de « plus grosse surprise de la soiree ». Plusieurs facteurs expliquent cette resistance.
Le maire de Lyon a investi massivement dans les mobilites douces et la vegetalisation, des politiques visibles au quotidien. Il a beneficie d'un electorat jeune et diplome, surrepresente a Lyon, qui reste fidele au vote ecologiste. L'absence d'un candidat de gauche credible face a lui (Anais Belouassa-Cherifi de LFI n'obtient que 10,9 %) a evite la dispersion des voix. Enfin, la personnalite de son adversaire — Aulas, 77 ans, novice en politique — n'a pas convaincu au-dela de son socle.
Surtout, Doucet a su se differencier de l'image clivante des ecologistes en adoptant un ton pragmatique et en evitant les polemiques culturelles qui ont plombe d'autres maires verts.
Strasbourg : pourquoi Barseghian s'effondre
Le cas strasbourgeois est l'exact inverse. Jeanne Barseghian termine a 19,7 %, troisieme derriere Catherine Trautmann (26 %) et Jean-Philippe Vetter (23 %). C'est un resultat historiquement faible pour un maire sortant.
Trois facteurs expliquent cet effondrement. D'abord, un bilan conteste sur la proprete et la gestion urbaine, themes sur lesquels l'opposition a mene campagne avec efficacite. Ensuite, la concurrence directe de Catherine Trautmann, ancienne maire socialiste revenue apres vingt-cinq ans, qui a capte l'electorat de gauche modere lasse des ecologistes. Enfin, la multiplication des candidatures (treize listes au premier tour) a eclate le vote, defavorisant la sortante.
Contrairement a Doucet, Barseghian n'a pas reussi a incarner une gestion pragmatique. Les polemiques sur le stationnement, le tram nord et le logement ont alimente une image de maire ideologue plutot que gestionnaire.
Le chiffre qui resume tout : 30 % de regret
Selon une enquete Ipsos, 30 % des electeurs qui avaient vote ecologiste en 2020 regrettent leur choix. C'est le double de la moyenne nationale observee dans l'ensemble des communes. Ce chiffre eclaire le ressort principal du reflux vert : ce ne sont pas les convaincus qui partent, ce sont les electeurs de circonstance — ceux qui avaient vote vert en 2020 par rejet du sortant, par curiosite ou par adhesion a la dynamique collective, sans etre ecologistes de conviction.
A Lyon, Doucet a su conserver ces electeurs flottants. A Strasbourg, Barseghian les a perdus au profit de Trautmann et de Vetter. La difference reside dans la capacite du maire a transformer un vote de protestation en adhesion a un bilan.
Le verdict : la vague verte etait-elle ephemere ?
Ni tout a fait ephemere, ni durablement installee. Le bilan des municipales 2026 montre que l'ecologie municipale peut survivre quand le maire est percu comme un bon gestionnaire (Lyon), mais qu'elle recule quand le bilan est conteste et qu'un adversaire credible emerge a gauche (Strasbourg).
Le second tour du 22 mars sera decisif. A Lyon, une fusion Doucet-LFI (47,7 % cumules) pourrait assurer la reelection du maire vert. A Strasbourg, Barseghian devra probablement se retirer au profit de Trautmann pour eviter une victoire de la droite. A Bordeaux, le duel Hurmic-Cazenave reste ouvert (27,7 % contre 25 %). Le verdict final dira si la vague de 2020 a laisse une trace durable ou si elle n'etait qu'un episode.
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