Les clients venus pour le célèbre os à moelle du restaurant tendance MadCo à Chennai, dans le sud de l'Inde, ont été déçus : le plat a disparu du menu. En cause, les restrictions imposées par le gouvernement indien sur la distribution de gaz naturel liquéfié (GNL), dont les importations sont perturbées par la guerre au Moyen-Orient.
Des cuisines à l'arrêt de Bangalore à Bombay
« Nous l'avions vu venir, mais pas aussi vite », confie à l'AFP Santosh Abraham, patron du MadCo, qui n'a reçu aucune livraison de GNL depuis mardi. Non content d'avoir retiré l'os à moelle de sa carte, il a aussi supprimé son service du midi. « À ce rythme-là, nous ne savons pas combien de temps notre cuisine pourra rester opérationnelle. »
À Bangalore, le spécialiste des burgers Guerilla Diner a renoncé pour la première fois à ouvrir ses réservations hebdomadaires. « Il me reste 2,5 bonbonnes. Si je fais fonctionner le gril, je ne peux tenir qu'un jour et demi », explique le second de cuisine Dhruv Thapliyal, « un peu effrayé » par ce constat.
À Bombay, le restaurant chinois Gypsy a retiré ses dim sums du menu. « Chaque portion nécessite 8 à 10 minutes » de cuisson, justifie la propriétaire Aditi Limaye Kamat. Certains établissements, comme le Pïzza Bakery de Bangalore, sont revenus au bois, passant de 300 à 600 kilos par semaine.
Le quatrième importateur mondial de GNL fragilisé
L'Inde, pays le plus peuplé de la planète avec 1,4 milliard d'habitants, est le quatrième importateur mondial de GNL. Une large part provient du Qatar, dont les sites de production ont été visés par des attaques iraniennes.
New Delhi a annoncé cette semaine que la distribution de GNL serait affectée en priorité à la consommation des ménages et aux transports, laissant les restaurateurs sans approvisionnement. Depuis que les fours au charbon et au bois ont été pointés du doigt comme trop polluants, la plupart des millions de restaurants indiens ne peuvent plus se passer du gaz en bonbonne.
Les prix flambent, le gouvernement temporise
Ananth Narayan, représentant à Bangalore de l'Association indienne des restaurateurs, constate que les prix des bonbonnes sur le marché noir ont « déjà presque doublé ». À Goa, Daniel Rodrigues, propriétaire du café Mon Petit Frère, exhorte le gouvernement « à intervenir », redoutant de devoir renoncer à ses omelettes et ses pancakes.
« Il n'y a pas lieu de paniquer », a lancé mercredi soir le Premier ministre Narendra Modi, assurant que son gouvernement étudiait les demandes des restaurateurs visant à augmenter les livraisons de gaz de cuisson.
Au Sri Lanka voisin, les autorités ont augmenté mercredi les prix du gaz de cuisson de 8 %. Selon l'Association des restaurants de l'île, beaucoup de ses membres sont passés aux plaques et aux autocuiseurs électriques. « Il est devenu compliqué d'acheter du gaz. Nous devons prendre ces surcoûts à notre charge pour ne pas perdre de clients », constate le porte-parole Asela Sampath.










