Le Parlement péruvien a destitué mardi, au terme d'une procédure éclair, le président par intérim José Jeri pour « manque d'aptitude » à exercer ses fonctions, accentuant l'instabilité politique du pays à deux mois de la présidentielle.
Un vote expéditif et sans appel
José Jeri, 39 ans, a été destitué par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, dépassant largement le seuil requis de 58 votes. Septième chef d'État en dix ans, il n'aura exercé que quatre mois au pouvoir après avoir succédé à Dina Boluarte, elle-même destituée.
Les députés éliront mercredi un nouveau président du Parlement, qui assumera automatiquement la présidence par intérim. Le pays se retrouve ainsi sans chef d'État pendant plus de 24 heures, une situation inédite. « Nous vivons dans l'incertitude », déplore Erick Solorzano, un médecin de Lima de 29 ans.
Des enquêtes pour trafic d'influence
Le parquet a ouvert deux enquêtes préliminaires pour « trafic d'influence » visant José Jeri. La première, en janvier, porte sur une rencontre secrète avec un homme d'affaires chinois ayant des relations commerciales avec l'État. La seconde concerne son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement.
« Je n'ai commis aucun délit. J'ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence », s'était défendu dimanche José Jeri lors d'un entretien télévisé. « Ce président ne sert à rien, les chiffres des meurtres commandités et des homicides restent élevés », a déclaré la parlementaire de gauche Susel Paredes.
Une instabilité chronique
Ce vote s'inscrit dans une série de crises institutionnelles depuis 2016 au Pérou. Au cours de la dernière décennie, un seul des sept présidents a achevé son mandat. « Un nouveau changement à la présidence ne résoudra en rien la profonde crise institutionnelle que traverse le pays », estime l'analyste Augusto Alvarez.
La rapidité de la procédure s'explique par le contexte électoral, marqué par la présence record de plus de 30 candidats à la présidentielle. « Les partis qui accélèrent la procédure pensent que cela pourrait les aider à obtenir davantage de voix », analyse-t-il.










