Peine maximale requise contre le capitaine du Boracay
Le procureur de Brest Gabriel Rollin a requis lundi la peine maximale d'un an d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende contre Chen Zhangjie, 39 ans, capitaine chinois du petrolier Boracay. Ce navire de 244 metres et 330 000 tonnes fait partie de la flotte fantome russe utilisee pour contourner les sanctions occidentales. Sa cargaison, estimee a 100 millions de dollars de petrole russe, etait destinee a l'Inde.
Le tribunal de Brest rendra sa decision le 30 mars. Ce proces constitue l'un des premiers cas ou la justice francaise poursuit directement le commandant d'un navire de la flotte fantome, un signal destine a renforcer la pression sur les equipages qui operent ces petroliers clandestins.
L'interception du 27 septembre : une operation sous haute tension
La chronologie de l'intervention revele les difficultes rencontrees par la marine francaise. Le 27 septembre 2025, a 14 h 32, la fregate L'Auvergne informe l'equipage du Boracay de son intention de proceder a un controle. Une heure plus tard, a 15 h 32, l'equipage hisse un pavillon beninois. Verification faite, le Benin confirme qu'aucun petrolier n'est immatricule sous son pavillon.
A 16 heures, les commandos de la marine montent a bord sans opposition physique. Le procureur Rollin a neanmoins qualifie la manoeuvre de << dangereuse >>, rappelant que << monter a bord d'un navire comme le Boracay n'est pas si facile >>. Vingt-six personnes se trouvaient a bord, dont deux agents de securite russes du groupe Moran Security, un element revele par l'enquete sur les activites de renseignement liees a la flotte fantome.
Un capitaine accuse d'avoir << joue la montre >>
Le procureur a denonce la << particuliere mauvaise volonte >> du capitaine Chen Zhangjie. Selon le magistrat, le commandant << a palabre pendant une heure >> et << a joue la montre en se refugiant derriere la responsabilite de son armateur >>. Cette strategie de temporisation a retarde l'operation d'arraisonnement alors que le navire naviguait sans pavillon visible.
En garde a vue, Chen Zhangjie a avance des justifications jugees peu convaincantes par le parquet. A propos de l'absence de pavillon, il a declare : << Il pleuvait et on ne met pas de pavillon quand il pleut. >> Interroge sur la presence des deux agents russes embarques, il a repondu : << Je ne sais pas ce qu'ils font sur le bateau. >>
La defense invoque le droit international maritime
Me Henri de Richemont, avocat du capitaine chinois, a reclame la << relaxe pure et simple >>. Sa ligne de defense repose sur la convention des Nations unies sur le droit de la mer, dite convention de Montego Bay. Selon lui, l'interception ayant eu lieu en eaux internationales, un tribunal chinois serait competent, pas la justice francaise.
L'avocat a egalement conteste la qualification de refus d'obtemperer : << A aucun moment, il n'y a eu refus d'obtemperer car on ne lui a pas demande de s'arreter. >> Il a soutenu que le capitaine ne pouvait agir de sa propre initiative sans l'autorisation de son armateur, ce qui expliquerait le delai de reponse reproche par le parquet.
Deux agents russes et des soupcons de survol par drones
Parmi les vingt-six personnes presentes a bord figuraient deux agents du groupe prive Moran Security, lie aux services de renseignement russes. L'un d'eux est un ancien du groupe Wagner et ex-policier. Ils sont mis en cause pour collecte de renseignement et surveillance de l'equipage. Ces revelations, detaillees dans une enquete distincte, eclairent le role strategique que Moscou assigne a ces navires au-dela du simple transport de petrole.
Le Boracay est par ailleurs soupconne d'etre lie a des survols de drones ayant perturbe le trafic aerien danois en septembre 2025. Ces faits ne figurent toutefois pas dans la procedure judiciaire en cours a Brest.
Le Boracay rebaptise Phoenix, mouille en Chine
Depuis sa liberation, le petrolier a ete rebaptise << Phoenix >> et bat desormais pavillon russe. Il mouille actuellement pres de Rizhao, sur la cote est de la Chine. Ce changement de nom et de pavillon illustre une pratique recurrente parmi les navires de la flotte fantome, qui modifient regulierement leur identite pour echapper aux controles et poursuivre leurs rotations commerciales.
Le verdict du 30 mars sera observe de pres par les autorites maritimes europeennes. Une condamnation du capitaine Chen constituerait un precedent dans la lutte contre la flotte fantome russe, alors que la France a deja saisi un deuxieme petrolier suspect, le Grinch, le 22 janvier 2026.











