Le thriller politique de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l'autre, a dominé la 98e cérémonie des Oscars dimanche 15 mars à Hollywood en remportant six statuettes, dont le prix suprême du meilleur film. Le duel avec Sinners de Ryan Coogler, qui partait avec un record historique de seize nominations, a tourné à l'avantage du cinéaste de 55 ans, récompensé pour la première fois de sa carrière.
Six Oscars pour Une bataille après l'autre
Une bataille après l'autre dresse le portrait d'une Amérique irréconciliable, déchirée entre l'héritage politique du Black Power et du Ku Klux Klan, où tout se résout par les armes. Le film a convaincu l'Académie dans six catégories : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur montage, meilleur second rôle masculin (Sean Penn) et meilleur casting, une catégorie introduite cette année pour la première fois.
« J'ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde », a déclaré Paul Thomas Anderson en recevant sa statuette de meilleur réalisateur. « Vous faites travailler dur un homme pour un de ces prix », a-t-il ajouté, lui qui n'avait jamais été récompensé malgré ses multiples nominations pour Magnolia, There Will Be Blood et Licorice Pizza.
Sean Penn décroche son troisième Oscar pour son interprétation d'un militaire suprémaciste blanc dans le film. L'acteur de 65 ans, déjà récompensé pour Mystic River (2004) et Harvey Milk (2009), n'était pas présent à la cérémonie pour accepter son prix.
Michael B. Jordan et Jessie Buckley couronnés
L'Oscar du meilleur acteur revient à Michael B. Jordan pour son double rôle de jumeaux mafieux dans Sinners. L'acteur américain de 39 ans entre dans le cercle des comédiens noirs récompensés par le prix suprême de l'interprétation masculine. « Je suis ici grâce aux gens qui m'ont précédé, Sidney Poitier, Denzel Washington, Halle Berry, Jamie Foxx, Forest Whitaker, Will Smith », a-t-il déclaré sur scène.

Il devance Timothée Chalamet, longtemps favori pour Marty Supreme, qui a fini par servir de cible aux plaisanteries du maître de cérémonie Conan O'Brien tout au long de la soirée.
Jessie Buckley remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour Hamnet, tragédie inspirée de la vie de William Shakespeare dans laquelle elle incarne Agnes, l'épouse du dramaturge, dévastée par la mort de leur fils. Amy Madigan est sacrée meilleure actrice dans un second rôle pour Evanouis.
Sinners, quatre prix et seize nominations record
Malgré un record absolu de seize nominations, Sinners de Ryan Coogler repart avec quatre Oscars : meilleur acteur, meilleur scénario original, meilleure photographie et meilleure musique originale (Ludwig Göransson). Cette fable horrifique mêlant vampires, blues et condition afro-américaine avait été donnée favorite par la plupart des observateurs avant la cérémonie.

Un Oscar pour la France, Frankenstein primé
Le cinéma français ne repart pas bredouille. Le court-métrage Deux personnes échangeant de la salive d'Alexandre Singh et Natalie Musteata décroche l'Oscar du meilleur court-métrage en prise de vue réelle, partagé ex aequo avec The Singers. Ce prix partagé n'est arrivé que sept fois en près d'un siècle d'existence des Oscars.

Les productions d'animation françaises Arco d'Ugo Bienvenu et Amélie et la métaphysique des tubes n'ont pas résisté au phénomène Netflix KPop Demon Hunters, sacré meilleur film d'animation. En film international, Un simple accident de Jafar Panahi, Palme d'or cannoise qui représentait la France, s'est incliné face au norvégien Valeur Sentimentale de Joachim Trier.
Le Frankenstein de Guillermo del Toro rafle trois Oscars techniques : meilleure conception visuelle, meilleurs costumes et meilleur maquillage. Le documentaire Mr. Nobody against Putin est également récompensé.
Une cérémonie dans l'ombre de la guerre
La 98e cérémonie s'est déroulée dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient, entrée dans sa troisième semaine. Le dispositif de sécurité avait été renforcé dans les rues d'Hollywood. La soirée a adopté un ton consensuel, avec peu d'allusions politiques, à l'exception du « non à la guerre, libérez la Palestine » lancé par Javier Bardem sur scène.













