Le 14 mars 2026, des manifestants ont incendié un bureau local du Parti communiste cubain à Morón, dans la province de Ciego de Ávila. Les images, vérifiées par Al Jazeera et NBC News, montrent des dizaines de personnes scandant « Libertad ! » devant le bâtiment en flammes. Cet épisode constitue le point culminant de dix nuits consécutives de protestations à travers l'île, provoquées par des coupures d'électricité et des pénuries alimentaires.
Pourquoi l'incendie d'un bureau du Parti est-il un événement inédit ?
L'attaque contre le siège local du Parti communiste à Morón est un événement sans précédent dans l'histoire récente de Cuba. Cinq personnes ont été arrêtées, selon les autorités locales. Des témoins sur place ont rapporté des tirs, que le régime a démentis.
Les vidéos montrent un bâtiment dont la façade est embrasée tandis que la foule continue de scander des slogans hostiles au gouvernement. La police est intervenue tardivement, selon les témoignages recueillis par des médias internationaux. L'accès à internet mobile a été restreint dans la région dans les heures qui ont suivi.
Comment les coupures d'électricité paralysent-elles l'île ?
Les manifestations ont débuté début mars dans plusieurs provinces, déclenchées par des coupures d'électricité quotidiennes pouvant atteindre vingt heures dans certaines zones rurales. Le réseau électrique cubain, vétuste et dépendant de générateurs au fioul, subit une crise structurelle aggravée par la flambée des cours du pétrole consécutive au conflit en Iran.
Aux coupures de courant s'ajoutent des pénuries alimentaires. Les rations distribuées par la « libreta », le carnet de rationnement en vigueur depuis 1962, ont été réduites à des niveaux historiquement bas selon les témoignages de résidents recueillis par NBC News. Le prix des denrées sur le marché noir atteint des niveaux prohibitifs pour la majorité de la population.
Les protestations ont touché au moins six provinces selon les vidéos géolocalisées, même si l'absence de presse indépendante sur l'île rend tout recensement exhaustif impossible. Le régime a coupé l'accès à internet mobile dans plusieurs villes, une tactique déjà employée lors des manifestations historiques du 11 juillet 2021.
Quelle est la réponse du régime cubain ?
Le gouvernement cubain a qualifié les manifestations de « provocations organisées depuis l'étranger », reprenant la rhétorique utilisée lors des événements de juillet 2021. Le président Miguel Díaz-Canel n'a pas pris la parole publiquement sur l'incident de Morón au moment de la rédaction de cet article.
La répression qui avait suivi le 11 juillet 2021 sert de référence : plus de 700 personnes avaient été condamnées à l'époque, dont certaines à des peines de vingt ans de prison. Les organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Prisoners Defenders, surveillent la situation et redoutent un scénario similaire. Cuba ne dispose pas de presse libre ni de droit de manifestation reconnu dans la pratique.
Pourquoi la guerre en Iran aggrave-t-elle la crise cubaine ?
La crise cubaine s'inscrit dans un double étau économique. La flambée des prix du pétrole consécutive à la guerre en Iran renchérit les importations d'hydrocarbures dont dépend le réseau électrique. Le Venezuela, principal allié pétrolier de La Havane, a réduit ses livraisons de brut subventionné ces derniers mois.
Washington maintient par ailleurs un embargo renforcé sous l'administration Trump, qui a durci les sanctions et restreint les envois de fonds de la diaspora cubaine. Le rétablissement de l'électricité, annoncé par les autorités après chaque coupure, reste précaire et partiel.
Ces événements restent très peu couverts par la presse française, éclipsés par la guerre en Iran et la campagne des municipales. Ils constituent pourtant le mouvement de contestation le plus significatif à Cuba depuis les manifestations du 11 juillet 2021, qui avaient alors mobilisé des dizaines de milliers de personnes dans une quarantaine de villes.











