Le prix de l'essence flambe en France parce que la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le baril de pétrole de 52 % en trois semaines. Au 18 mars, le gazole atteint 2,09 euros le litre et le SP95 1,95 euro, des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis la crise ukrainienne de 2022.
Pourquoi le prix de l'essence augmente-t-il en mars 2026 ?
La cause principale est la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février 2026. Le conflit a provoqué le blocage de facto du détroit d'Ormuz, passage maritime par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Selon les données disponibles, le trafic dans le détroit est tombé à 5 navires par jour contre une moyenne historique de 138.
Le baril de Brent, référence du marché pétrolier européen, est passé de 72,48 dollars le 27 février à 109,98 dollars le 20 mars, soit une hausse de 52 % en trois semaines. Il a brièvement touché 119 dollars le 19 mars après des frappes sur les infrastructures pétrolières du Golfe. Le Dubai crude, référence pour le Moyen-Orient, a dépassé 166 dollars le baril, un record historique.
Les frappes iraniennes de représailles ont endommagé le site de production de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan au Qatar, réduisant sa capacité d'exportation de 17 %. Les raffineries du Koweït, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite ont également été touchées.
Combien coûte l'essence en France au 20 mars 2026 ?
Le gazole est à 2,09 euros le litre et le SP95 à 1,95 euro le litre. Voici l'évolution depuis le début du conflit :
Évolution des prix moyens en France :
28 février : SP95 à 1,77 euro, gazole à 1,72 euro. 4 mars : SP95 à 1,82 euro, gazole à 1,82 euro. 11 mars : SP95 à 1,98 euro, gazole à 2,04 euros. 18 mars : SP95 à 1,94 euro, gazole à 2,09 euros.
Le gazole a dépassé les 2 euros le litre dès le 11 mars, une première depuis juillet 2022. Au total, 219 stations-service étaient en rupture totale au 20 mars, soit 2,2 % du réseau national. Ce chiffre reste limité, mais les files d'attente se sont multipliées début mars dans les stations les moins chères.
Pour un plein de 50 litres de gazole, la facture a augmenté de 15 à 18 euros par rapport à fin février. Le surcoût mensuel estimé pour un automobiliste moyen est d'environ 18 euros par mois, portant le budget carburant de 100 à 118 euros mensuels selon les calculs basés sur les prix observés. La hausse touche aussi les prix alimentaires, tirés par le coût des engrais et du transport.
Quelles mesures pour limiter la hausse à la pompe ?
TotalEnergies a mis en place un plafonnement des prix dans ses stations depuis le 13 mars 2026 : le SP95 est plafonné à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,09 euros. Les clients disposant d'un contrat d'électricité ou de gaz TotalEnergies bénéficient d'un plafond de 1,99 euro sur tous les carburants, dans la limite de 2 000 litres par an.
E.Leclerc a annoncé le 11 mars une remise de 30 centimes par litre dans ses stations, appliquée en deux temps : 23 centimes immédiatement, puis 7 centimes supplémentaires. Super U s'est aligné sur la même remise le 12 mars. Une réunion à Bercy le 12 mars a abouti à un engagement de l'ensemble des distributeurs à répercuter « au plus tôt » la baisse des cours.
À l'échelle internationale, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a voté à l'unanimité de ses 32 pays membres, le 11 mars, la plus importante libération de réserves stratégiques de son histoire : 400 millions de barils, dont 72 % de pétrole brut. La France contribue à hauteur de 14,5 millions de barils. Les réserves françaises, gérées par la SAGESS depuis 1988, s'élèvent à environ 100 millions de barils répartis sur 98 sites de stockage, soit 108 jours d'importations nettes — bien au-dessus du minimum de 90 jours imposé par l'AIE.
Le prix de l'essence va-t-il continuer à augmenter ?
Cela dépend de la durée du conflit en Iran et du blocage du détroit d'Ormuz. Les prévisions des analystes divergent fortement selon les scénarios envisagés.
Goldman Sachs anticipe un Brent moyen de 76 dollars au deuxième trimestre en cas de normalisation rapide. En cas de perturbation de cinq semaines dans le détroit d'Ormuz, la banque prévoit un baril à 100 dollars. Si le conflit s'enlise au-delà de 60 jours, le Brent pourrait se maintenir autour de 93 dollars au quatrième trimestre.
Barclays envisage un scénario de conflit prolongé dans lequel le Brent testerait 120 dollars le baril, avec un scénario extrême à 150 dollars. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a déclaré le 19 mars que le conflit iranien avait un « impact matériel » sur l'inflation en zone euro.
Selon Goldman Sachs, un baril maintenu à 80 dollars au premier semestre amputerait le PIB mondial de 0,6 point en rythme annualisé et ajouterait un point à l'inflation mondiale. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a appelé le 18 mars à « préserver les réserves stratégiques face au risque d'un conflit durable ».











