Le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran entre dans sa troisième semaine. Pour la plupart des Français, il se résume à des images de frappes et de déclarations diplomatiques. Mais ses effets se mesurent déjà à la pompe, sur la facture de gaz et dans les rayons des supermarchés. Tour d'horizon des sept impacts directs.
1. L'essence frôle les 2 euros le litre
Le baril de Brent a clôturé à 103,14 dollars le 13 mars, après avoir touché 118 dollars en séance la semaine précédente. Le SP95-E10 se négocie autour de 1,81 euro le litre en moyenne nationale, mais dépasse déjà 2 euros dans certaines stations. Le gazole, passé au-dessus de 2 euros le litre le 11 mars, reste à un niveau historiquement élevé.
TotalEnergies a annoncé le 13 mars un plafonnement de ses prix à 1,99 euro le litre pour le SP95 et 2,09 euros pour le gazole dans ses stations françaises. Le gouvernement a lancé 500 contrôles de prix dans les stations-service pour vérifier l'absence de marges abusives.
2. Le gaz en hausse de 5,3 %
Le prix repère du gaz naturel a augmenté de 5,3 % en mars pour les ménages chauffés au gaz, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE). La hausse est directement liée à la suspension des exportations de GNL qatari depuis Ras Laffan, qui représente 20 % de la production mondiale de gaz naturel liquéfié. QatarEnergy a déclaré force majeure après les frappes iraniennes sur ses installations.
3. L'électricité sous tension
Le marché spot de l'électricité européen subit un effet de contagion. Le gaz naturel est la variable d'ajustement du prix de l'électricité sur le marché européen (merit order). Quand le gaz monte, l'électricité suit. Les prix de gros ont augmenté de 12 % sur les deux premières semaines de mars, selon Epex Spot. Pour les ménages, l'impact sera visible sur les factures du deuxième trimestre.
4. Le plein d'avion coûte plus cher
Le kérosène représente 25 à 35 % du coût d'exploitation d'une compagnie aérienne. Avec un baril au-dessus de 100 dollars, les surcharges carburant ont été relevées par Air France (+8 à 15 euros par billet long-courrier selon les destinations), easyJet et Ryanair. Les billets pour l'été 2026 sont en hausse de 6 à 10 % par rapport à la même période l'an dernier.
5. Le fret maritime explose
Le blocus partiel du détroit d'Ormuz a fait bondir les coûts du fret conteneurisé. Le tarif Asie-Europe est passé de 2 500 à 4 000 dollars par conteneur de 20 pieds. Les primes d'assurance guerre pour les navires transitant par le Golfe ont été multipliées par cinq, passant de 0,2 % à 1 % de la valeur du navire. Un pétrolier de 100 millions de dollars paie désormais 1 million de dollars par voyage.
Ces surcoûts se répercutent sur le prix des biens importés d'Asie : électronique, textile, pièces automobiles. Le délai est de quatre à huit semaines entre la hausse du fret et son apparition dans les prix en magasin.
6. Les prix alimentaires menacés
Jusqu'à 30 % des exportations mondiales d'engrais transitent par le détroit d'Ormuz. La hausse du pétrole renchérit également le coût des intrants agricoles (carburant des machines, transport, emballages plastiques). La FAO a placé les prix alimentaires mondiaux en « zone de vigilance ». En France, les négociations commerciales annuelles entre distributeurs et industriels, bouclées en mars, n'ont pas intégré ces surcoûts — qui seront répercutés lors des renégociations de septembre.
7. L'inflation repart
L'INSEE avait mesuré une inflation à 1,3 % en février 2026. Les économistes de la Banque de France et de Chatham House estiment qu'un baril durablement au-dessus de 100 dollars pourrait faire remonter l'inflation française entre 2,5 % et 3 % au deuxième trimestre. La BCE, qui avait amorcé une baisse de ses taux directeurs, pourrait suspendre son cycle d'assouplissement.
Pour les ménages, le mécanisme est mécanique : quand l'énergie coûte plus cher, tout coûte plus cher — le chauffage, les transports, les courses et les vacances. La guerre en Iran n'est pas un événement géopolitique abstrait. Elle est dans le caddie.










