En deux semaines, le prix du gazole est passé sous la barre symbolique de 1,70 euro le litre à plus de 2 euros. L’essence sans plomb a suivi, autour de 1,85 euro le litre. La cause est connue : le conflit armé entre Israël, les États-Unis et l’Iran, déclenché le 28 février, a perturbé le trafic dans le détroit d’Ormuz et propulsé le baril de pétrole à des niveaux inédits depuis 2022.
Ce que vous payez à la pompe
Au 13 mars, le prix moyen du gazole en France dépasse 2 euros le litre, en hausse d’environ 30 centimes par rapport à fin février. L’essence SP95 et SP98 se situe autour de 1,80 à 1,85 euro, en hausse d’une quinzaine de centimes. Le GPL et le superéthanol E85 sont également en hausse mais dans des proportions moindres.
Pour un automobiliste parcourant 15 000 kilomètres par an avec un véhicule diesel consommant 6 litres aux 100, le surcoût annuel représente environ 270 euros si les prix se maintiennent à ce niveau. Le budget carburant des ménages augmente de 10 à 15 % par rapport à début 2026.
Le détroit d’Ormuz, verrou pétrolier mondial
Le détroit d’Ormuz, passage maritime de 39 kilomètres de large entre l’Iran et Oman, est le point de transit de 20 % de la production mondiale de pétrole et de 25 % du gaz naturel liquéfié. Environ 21 millions de barils y circulent chaque jour.
Depuis le début du conflit le 28 février, plusieurs incidents ont été signalés dans la zone. La frégate iranienne Dena a été coulée le 4 mars, faisant 101 disparus. Des navires commerciaux ont été touchés. Sans être totalement bloqué, le détroit est partiellement perturbé : les assureurs maritimes ont relevé leurs primes, ralentissant le trafic et renchérissant le coût du transport.
Le yo-yo du baril
Le cours du Brent, la référence européenne, a connu des mouvements d’une amplitude rare. Parti d’environ 70 dollars fin février, il a frôlé 120 dollars le baril dans la première semaine de mars, un niveau inédit depuis juin 2022.
Le 10 mars, Donald Trump a déclaré que la guerre avec l’Iran était « quasiment finie ». Le baril a immédiatement chuté de 10 %, repassant sous les 110 dollars. Mais le lendemain, l’Iran a revendiqué des frappes « conjointes et intégrées » avec le Hezbollah contre 50 cibles israéliennes, mettant un terme à la décrue. Au 13 mars, le baril oscille entre 95 et 110 dollars.
Les mesures pour limiter la facture
Plusieurs mesures ont été prises pour atténuer l’impact sur les consommateurs :
- Leclerc a annoncé la vente de carburant à prix coûtant dans l’ensemble de ses stations, soit une réduction d’environ 30 centimes par litre par rapport aux prix affichés
- Le gouvernement a activé un dispositif de contrôle des marges, avec 500 contrôles prévus dans les stations-service pour vérifier l’absence de sur-marges abusives
- Le plafonnement des marges de raffinage est à l’étude, selon le ministère de l’Économie
Le gouvernement n’a pas rétabli de bouclier tarifaire sur les carburants, supprimé en février 2025. Le dispositif est jugé trop coûteux pour les finances publiques dans le contexte budgétaire actuel.
Ce qu’il faut anticiper
L’évolution des prix dépend directement de la situation au Moyen-Orient. Trois scénarios se dessinent. Si un cessez-le-feu intervient rapidement, le baril pourrait revenir autour de 80-85 dollars en quelques semaines, ramenant le gazole sous 1,80 euro. Si le conflit se prolonge sans escalade supplémentaire, les prix actuels (gazole autour de 2 euros) pourraient se maintenir pendant plusieurs mois. Si le détroit d’Ormuz était totalement bloqué, le baril pourrait dépasser 150 dollars, avec un gazole à 2,50 euros le litre ou plus.
Les marchés pétroliers réagissent désormais à chaque déclaration diplomatique ou militaire. La volatilité devrait rester élevée tant que la crise n’est pas résolue.











