La justice française s'est saisie de l'affaire Al-Fayed. Depuis l'été 2025, le parquet de Paris enquête sur un vaste système présumé de traite de femmes lié à l'entourage de Mohamed Al-Fayed, l'homme d'affaires égyptien décédé en 2023, propriétaire du grand magasin Harrods, du club de Fulham et du Ritz à Paris. L'enquête porte sur des faits de traite d'êtres humains aggravée, de proxenétisme et de viols.
Des témoignages devant l'OCRTEH
Rachael Louw, ancienne employée de Harrods, a été entendue le 10 février par l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH). À 23 ans, elle avait été envoyée sur la Côte d'Azur, sur le yacht de Salah Fayed, frère de Mohamed Al-Fayed.
« La justice française avance beaucoup plus vite et ne minimise pas ce qui nous est arrivé, à la différence des enquêteurs au Royaume-Uni », a déclaré Rachael Louw à l'AFP. Mi-février, 154 victimes avaient témoigné auprès de la police londonienne.
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Rachael Louw décrit un examen médical
Rachael Louw décrit un examen médical préalable à son recrutement dont le compte rendu, consulté par l'AFP, détaillait des informations intimes transmises à Harrods. « C'est un médecin qui accepte d'envoyer des renseignements confidentiels pour donner des armes au violeur », accuse l'avocate Eva Joly, qui assiste Rachael Louw avec Caroline Joly et Agathe Barril.
Isolement et contrôle sur la Côte d'Azur
Sur le yacht de Salah Fayed, Rachael Louw raconte avoir été isolée. Son passeport lui avait été confisqué. Le personnel avait « interdiction de lui parler ». Son petit ami, employé chez Harrods, a été licencié après qu'elle l'a contacté.
Elle décrit également des dîners avec des invités âgés et fortunés, accompagnés de « jeunes filles », où il y avait « beaucoup de contacts physiques ». Une nuit, Salah Fayed serait entré dans son lit. Paniquée, elle a fini par réserver un vol Air France et récupérer son passeport pour fuir.
Le témoignage de Kristina Svensson au Ritz
Kristina Svensson, Suédoise placée par une agence d'intérim au Ritz en 1998 comme assistante de Mohamed Al-Fayed, décrit un schéma similaire. « À chaque fois qu'il me voyait, il m'agressait », affirme-t-elle à l'AFP.


Lors de son entretien d'embauche, les questions étaient « focalisées » sur son apparence. On lui a fait remarquer qu'elle était le « sosie » de l'épouse d'Al-Fayed. Elle a également subi un examen gynécologique obligatoire. Elle décrit des agressions sexuelles et tentatives de viols au cours desquelles « il riait ».
Le personnel du Ritz lavertissait quil
Le personnel du Ritz l'avertissait qu'il y avait « micros et caméras partout ». Dans la villa de Saint-Tropez, une gouvernante lui avait recommandé de bloquer la porte de sa chambre la nuit.
Des parallèles avec l'affaire Epstein
Pour les avocates des deux femmes, les témoignages dessinent les contours d'un « système puissant » ressemblant « en de nombreux points » à celui mis en place par Jeffrey Epstein. « Comme chez Epstein, il y a chez les Fayed une consommation frénétique de jeunes femmes et un système organisé pour se les procurer », explique Eva Joly.


Le Ritz s'est dit « profondément attristé par les témoignages » et « prêt à coopérer pleinement avec les autorités judiciaires ». Harrods a salué « le courage de toutes les femmes qui prennent la parole » et indiqué que « plus de 50 survivantes » avaient été dédommagées. La police londonienne a assuré avoir « considérablement changé » ses méthodes de travail.
On nen est quau début
« On n'en est qu'au début de la reconstitution du puzzle en France », assure Eva Joly.











