Le procureur de Grenoble Etienne Manteaux a rendu publique mardi l'identite de Jacques Leveugle, ne en 1946 a Annecy, soupçonne de viols et agressions sexuelles aggravees sur 89 victimes mineures agees de 13 a 17 ans. Les faits se sont deroules entre 1967 et 2022 en France metropolitaine, en Nouvelle-Caledonie et dans huit autres pays.
15 tomes de memoires accablants
L'affaire a demarre en 2022 lorsque le neveu du suspect, nourissant des soupçons sur les agissements de son oncle, a remis des cles USB aux enqueteurs de Vizille (Isere). Ces supports contenaient 15 tomes de memoires dans lesquels l'homme detaillait des decennies de rapports sexuels avec des garçons mineurs en France, en Algerie, en Suisse, en Allemagne, au Maroc, au Niger, en Colombie, aux Philippines, en Inde et au Portugal.
« Dans chacun de ces lieux ou il va s'installer pour faire du soutien scolaire, etre enseignant, il va rencontrer des jeunes et avoir des relations sexuelles avec eux », a detaille le procureur Manteaux.
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Un processus de seduction intellectuelle
Jacques Leveugle, decrit comme « cultive et charismatique », prenait les jeunes sous son aile par « seduction intellectuelle ». Il se voyait « comme un Grec antique formant de jeunes ephebes », a rapporte le magistrat. Le colonel Serge Procedes, commandant de la section de recherches de Grenoble, a evoque « un cas d'ecole de serialite » sans violence physique, mais avec des contraintes morales.
Deux meurtres avoues dans ses memoires
Le septuagenaire admet egalement dans ses ecrits avoir tue deux personnes. En 1974, il a etouffe sa mere avec un coussin a Maisons-Laffitte alors qu'elle souffrait d'un cancer en phase terminale. En 1992, il a tue sa tante de 92 ans en Suisse, avec le meme mode operatoire, bien que celle-ci ne fut pas malade. Ces meurtres font desormais l'objet d'une enquete distincte.
Appel a temoins et course contre la prescription
Mis en examen et place en detention provisoire en fevrier 2024, l'ancien educateur n'avait pas de casier judiciaire. Sur les quelque 150 personnes entendues, seules deux se sont portees partie civile, illustrant une « vraie ambivalence des victimes » liee au phenomene d'emprise.
Le procureur a souligne l'urgence de l'appel a temoins : le temps presse en raison de l'age du prevenu et des regles de prescription. Les faits anterieurs a 1993 seraient « a priori » prescrits. « Si des victimes souhaitent se manifester, qu'elles le fassent maintenant, parce qu'il faudra, dans l'annee 2026, cloturer cette information judiciaire », a conclu le magistrat.











