Un coup de filet préparé dans la plus grande discrétion
La justice a lancé mardi 10 mars 2026 une vaste offensive contre la DZ Mafia en plaçant en garde à vue 42 personnes. L'opération, baptisée « Octopus » (pieuvre), a été préparée depuis plusieurs mois par deux juges d'instruction de la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) et pilotée par les gendarmes de la section de recherches de Marseille.
Le coup de filet s'est déroulé sur plusieurs départements, notamment les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et le Gard, selon des sources proches du dossier. En plus des interpellations, l'enquête vise des suspects déjà en détention. Le parquet de Marseille a indiqué qu'une conférence de presse serait organisée à l'issue des gardes à vue samedi matin.
Trois des principaux chefs présumés de l'organisation, détenus dans des prisons de haute sécurité, figurent parmi les personnes placées en garde à vue. Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z., considérés comme les trois « pères fondateurs » de la DZ Mafia, sont soupçonnés de piloter leurs activités criminelles depuis leurs lieux de détention.
Un avocat pénaliste lyonnais est également en garde à vue, soupçonné d'avoir été corrompu. En décembre 2025, il avait été mis en cause par la presse pour avoir tenté d'introduire des objets interdits dans une prison de haute sécurité, ce qu'il avait démenti. Le barreau de Lyon a confirmé être informé mais refuse de communiquer avant la fin de la garde à vue.
Une organisation qui s'étend bien au-delà de Marseille
La DZ Mafia, dont le nom fait référence à l'Algérie, domine actuellement le marché de la drogue à Marseille et s'étend le long du Rhône et ailleurs en France. Ce nom a émergé lors du bain de sang de 2023 à Marseille, lié à la guerre l'opposant au clan Yoda, au cours duquel une cinquantaine de personnes, dont quatre victimes collatérales, avaient été tuées.
Ses activités se sont « diversifiées » au-delà du trafic de drogue : extorsions de commerces, prestations de service pour des règlements de compte au profit d'autres groupes, ou encore fourniture de main-d'œuvre à d'autres réseaux. Le nom de la DZ Mafia est apparu dans la tentative de racket visant le rappeur SCH, soldée par l'assassinat d'un de ses proches.
Selon une source policière, ce groupe fonctionne non pas comme une société secrète pyramidale mais comme une « hydre », une structure opportuniste avec des annonces de recrutement sur les réseaux sociaux allant du simple guetteur sur un point de deal à la recherche de tueurs à gages. Son nom apparaît dans des dossiers à Nîmes, Alès, Clermont-Ferrand et jusqu'à Rennes.
Un contexte marqué par l'assassinat du frère d'Amine Kessaci
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a réagi sur X : « L'État ne cède rien face aux organisations criminelles : il les démantèle. » L'opération intervient dans un contexte tendu. Amine O., surnommé « Mamine », doit comparaître à partir du 23 mars au procès d'un double assassinat commis en 2019 à Aix-en-Provence, et être jugé à l'automne pour un triple assassinat en 2020.
Parmi les victimes de ce triple meurtre figurait Brahim Kessaci, frère aîné du militant anti-narcotrafic Amine Kessaci. Un autre frère d'Amine, Mehdi, a été assassiné à 20 ans en novembre 2025, un crime qualifié de possible « avertissement » au militant, placé sous protection policière depuis l'été. Cette mort avait provoqué une onde de choc et poussé le gouvernement à promettre une bataille contre le narcobanditisme inspirée de la lutte antiterroriste.
La région marseillaise connaît actuellement un calme relatif, notamment parce que la DZ Mafia a pris le dessus sur ses rivaux. L'opération « Octopus » marque une nouvelle étape dans la stratégie judiciaire contre cette organisation tentaculaire.











