Le jihadiste français Sabri Essid a été condamné vendredi 20 mars par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises de Paris. À l'issue de cinq jours de procès, la cour l'a reconnu coupable de génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes pour sa participation à l'extermination de la minorité religieuse des Yazidis en zone irako-syrienne entre 2014 et 2016.
Pourquoi Sabri Essid est-il qualifié de « maillon » du génocide ?
Sabri Essid a été un « maillon incontournable de la chaîne criminelle » qui a mis en œuvre la politique d'extermination des Yazidis, avait déclaré l'avocate générale Sophie Havard lors de son réquisitoire. Elle avait demandé à la cour de le reconnaître coupable de génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes — ce que les jurés ont retenu.
Connu en Syrie sous le nom d'Abou Dojanah al-Faransi, Sabri Essid est une figure centrale du jihadisme français. Il est notamment proche des frères Clain, les voix de la revendication des attentats du 13 novembre 2015 en France. Présumé mort en Syrie, il avait rejoint les rangs de l'État islamique (EI).
L'accusation lui reprochait d'avoir participé à la « politique d'asservissement » des Yazidis menée par l'EI. Il aurait acheté plusieurs captives de cette communauté kurdophone sur des marchés aux esclaves et les aurait soumises à de l'esclavage sexuel entre 2014 et 2016.
Comment le parquet a-t-il décrit le rôle du condamné ?
S'il ne lui était pas reproché d'avoir été une tête pensante de la politique d'extermination, Sabri Essid y a « activement participé », avait souligné l'avocate générale. Elle avait qualifié l'accusé d'« homme profondément violent, déterminé à briser l'humanité de ses victimes », estimant qu'il est « un homme qui incarne le génocide ».
« Dans ce génocide, le meurtre n'a pas été la principale méthode », avait-elle expliqué. « Plusieurs politiques se sont imbriquées », dont « la politique d'extermination et la politique de réduction en esclavage, qui doit aussi mener in fine à la mort ».
Les Yazidis sont une communauté kurdophone adepte d'une religion pré-islamique que l'État islamique considérait comme hérétique. À partir de 2014, l'EI a mis en place une politique systématique d'extermination, de conversions forcées et de réduction en esclavage ciblant cette minorité en Irak et en Syrie.
Un verdict historique pour la justice française
Cette condamnation constitue la première reconnaissance judiciaire du génocide des Yazidis par une cour française. L'avocate générale avait souligné que ce verdict devait faire émerger « une vérité judiciaire pour les victimes, pour la conscience universelle et pour l'histoire ».
Plusieurs condamnations de membres de l'État islamique pour le génocide des Yazidis ont été prononcées en Europe ces dernières années. La première a eu lieu en Allemagne en 2021. D'autres ont suivi en 2025 en Suède et en Belgique.











