La traite de 6 heures du matin est terminée, 70 reblochons sont moulés. Manon Pastol et François Angelloz-Nicoud, 25 ans, prennent une pause autour d'un bol de lait frais dans leur ferme de La Clusaz, en Haute-Savoie. Un quotidien de 70 heures hebdomadaires, sept jours sur sept, pour un revenu de 1 200 euros mensuels chacun.
Un investissement de 1,2 million d'euros à 25 ans
« Je ne pensais pas m'installer un jour en agriculture », raconte Manon, dont le père a abandonné l'élevage de porcs dans le Sud-Ouest après quatre ans, faute de revenus suffisants. Mais ses études agricoles et la rencontre avec François, dont le père éleveur est mort quand il avait deux ans, ont tout changé.
Le couple a racheté en avril 2024 la ferme d'un oncle de François, après plusieurs années de démarches. Leur capacité d'emprunt était insuffisante pour acquérir à la fois l'étable d'hiver et celle d'alpage. A la faveur d'une baisse des taux, ils ont opté pour le bâtiment d'alpage uniquement, qu'ils modernisent pour y vivre toute l'année, malgré 170 cm de neige en hiver.
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Habitation 450 000 euros bâtiment agricole
« Habitation 450 000 euros, bâtiment agricole 300 000, trois hectares de pâturage 150 000, 30 vaches 40 000, matériel 100 000 et 200 000 pour les travaux. Total 1,2 million », énumère Manon. « Quand on entend ça, enceinte à 22 ans, ça fait peur, mais aujourd'hui, on s'en sort. »
Des obstacles administratifs en cascade
Sur les 1 200 euros mensuels de chacun, 1 000 partent directement dans le remboursement du prêt personnel. Le couple n'a pris que deux jours de repos depuis avril. A La Clusaz, la pression immobilière touristique est telle que la dernière installation agricole remontait à dix ans.
Devant Manon s'empilent quatre classeurs de dossiers administratifs, notamment pour obtenir la dotation jeunes agriculteurs (50 000 euros chacun). Une inspection de l'été dernier a imposé des travaux supplémentaires dans la fromagerie et l'étable, où presque rien n'a changé depuis les années 1970.
Manon montre une photo sépia
Manon montre une photo sépia de la grand-mère de François au milieu des reblochons : « pas de tablier, pas de gants, des rideaux aux fenêtres, aujourd'hui ce n'est plus possible ».
Entre dermatose, JO 2030 et syndicalisme
En juin dernier, la dermatose nodulaire contagieuse est arrivée à vingt kilomètres de leurs pâturages. « On a eu très peur pour nos vaches, c'est toute notre vie », se souvient le couple. La solidarité entre éleveurs a permis de vacciner les 900 bêtes de la commune en deux jours.
Le couple s'inquiète désormais des travaux liés aux Jeux olympiques d'hiver 2030, qui pourraient empêcher la montée en alpages pendant la restauration des pistes sur leurs pâturages. Le soir, Manon enfile son pull des Jeunes Agriculteurs et prend la tête du groupe installation de la section départementale du syndicat. « On a eu un parcours tellement compliqué que ça me tient à cœur d'aider », déclare-t-elle.











