Six mois après avoir recueilli plus de deux millions de signatures, la pétition contre la loi Duplomb a été discutée mercredi à l'Assemblée nationale lors d'un débat sans précédent. Mais cette discussion sans vote n'a pas permis de réconcilier deux camps frontalement opposés sur la question des pesticides.
Une première historique dans l'hémicycle
Aucune pétition n'avait été débattue dans l'hémicycle dans l'histoire de la Ve République. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a salué à l'ouverture « un trait d'union » entre « la société civile et la représentation nationale ».
La loi du sénateur Laurent Duplomb, adoptée au Parlement début juillet avec le soutien des macronistes, de LR et de l'extrême droite, facilite le stockage de l'eau et l'agrandissement de bâtiments d'élevage. Mais une mesure avait concentré l'indignation : la réintroduction sous conditions de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, nocif pour les abeilles et interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe.
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Une étudiante avait déposé une pétition
Une étudiante avait déposé une pétition sur le site du Palais Bourbon réclamant l'abrogation du texte, dénonçant « une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire ». Le Conseil constitutionnel avait finalement censuré la disposition sur l'acétamipride, « faute d'encadrement suffisant ».
Un nouveau texte Duplomb relance la polémique
Les débats ont tourné autour de la nouvelle proposition de loi déposée par le sénateur Duplomb, visant à réintroduire l'acétamipride en tenant compte des remarques du Conseil constitutionnel. Une pétition contre ce deuxième texte comptait déjà plus de 140 000 signataires mercredi soir.
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a défendu une loi contribuant « à la souveraineté alimentaire », accusant « l'extrême gauche » de n'avoir « que le mot interdiction à la bouche ». Le gouvernement a entretenu le flou sur son soutien au nouveau texte, disant vouloir attendre l'avis du Conseil d'État, tout en confirmant qu'il ne serait pas intégré dans la « loi d'urgence » agricole en préparation.
Deux camps irréconciliables
La députée insoumise Aurélie Trouvé s'est félicitée de la « plus grande » pétition « de l'histoire parlementaire ». « La quasi-totalité du monde scientifique et médical s'oppose à la loi Duplomb », a-t-elle martelé.
Face à elle, la députée Renaissance Sandra Marsaud a déploré un débat « confisqué par la caricature et la peur ». Le député LR Julien Dive a lu certaines des menaces reçues « par milliers », résumant selon lui « la folie haineuse dans laquelle le débat a sombré l'été dernier ».
Le recours à lacétamipride ce nest
« Le recours à l'acétamipride, ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Il s'agit de rétablir une concurrence équitable avec nos voisins européens qui autorisent tous cette molécule », a fait valoir la députée RN Hélène Laporte.
La FNSEA s'est insurgée contre le manque de « cohérence » du gouvernement à quelques jours du Salon de l'agriculture. « Si le gouvernement renonce à soutenir un texte voté par les députés au seul motif d'une pétition, c'est un très mauvais signal envoyé au monde agricole », a déclaré son président Arnaud Rousseau.
Aux abords de l'Assemblée, quelques centaines d'opposants s'étaient rassemblés, dont Greenpeace et la Confédération paysanne. La présidente Braun-Pivet a indiqué vouloir tirer « un retour d'expérience » de ce premier débat citoyen.











