La campagne des municipales 2026 à Nice a pris un tour inédit. L'enquête sur la tête de porc accompagnée d'une étoile de David, retrouvée le 27 février devant le domicile de Christian Estrosi (Horizons), semble écarter toute implication étrangère et s'orienter vers une manipulation émanant du camp du maire, selon plusieurs sources proches du dossier interrogées par l'AFP.
Garde à vue et piste locale
Deux hommes et deux femmes, dont plusieurs connaissances de M. Estrosi, ont été placés en garde à vue mercredi dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour provocation publique à la haine à raison de la religion et violences aggravées visant un élu public. Jeudi, deux hommes étaient encore entendus.
L'un d'eux est un policier de la Direction de la surveillance du territoire (DST) à la retraite, âgé de 79 ans, reconverti en détective privé. Deux suspects tunisiens avaient été interpellés dès la première semaine et placés en détention provisoire. Le téléphone de l'un d'eux avait révélé des communications avec une proche collaboratrice du maire.
Il n'est pas possible de dire à ce stade si Christian Estrosi était lui-même au courant. Jeudi après-midi, le maire a convoqué la presse pour « tordre le cou à la rumeur ». Livide, il a dénoncé « une machination absolument ignoble » et insisté : « Je veux connaître la vérité et plus vite elle arrivera, mieux ce sera. »
Estrosi-Ciotti : une campagne marquée par les coups bas
Le duel entre les deux anciens piliers des Républicains — Christian Estrosi, 70 ans, rallié au macronisme et briguant un quatrième mandat, et Eric Ciotti, 60 ans, député UDR allié au RN — avait déjà viré au « combat de coqs ». Accusations, vidéos désobligeantes, tweets assassins et transfuges d'une équipe à l'autre avaient monopolisé l'attention.
Le tournant est intervenu mi-février quand un premier sondage, confirmé depuis, a donné une nette avance à Ciotti. L'affaire de la tête de porc, initialement perçue comme un acte antisémite — l'épouse d'Estrosi est juive —, avait provoqué une condamnation unanime avant de se retourner contre le maire.
À gauche, Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-écologistes) a dénoncé « un paysage politique de caniveau ». « Le ridicule est en train de tuer la ville de Nice », a-t-elle lancé. Olivier Salerno (LFI) a estimé que « la lutte contre l'antisémitisme est instrumentalisée par des opportunistes qui prétendent combattre ce fléau mais le renforcent en semant la suspicion ».
Le gouffre financier des Grands Prix resurgit
Jeudi, Estrosi a également vu resurgir le dossier des derniers Grands Prix de Formule 1 au Castellet (2018-2022), dont il a été l'un des principaux instigateurs. Selon un rapport encore confidentiel de la chambre régionale des comptes, ces quatre courses auront coûté plus de 100 millions d'euros aux contribuables.
Chez Horizons, le parti de Christian Estrosi et d'Édouard Philippe, le silence est total. Un cadre du mouvement a seulement souligné que l'affaire « salissait toute la classe politique » et était « démoralisante pour les citoyens ». Eric Ciotti, de son côté, continuait sa campagne comme si de rien n'était.











