Nice, cinquieme ville de France, s'apprete a vivre le 15 mars un premier tour des municipales qui depasse les enjeux locaux. Le duel entre Eric Ciotti, president de l'Union des droites pour la Republique (UDR), et le maire sortant Christian Estrosi, vice-president d'Horizons, met en scene deux trajectoires politiques qui ont diverge apres trente ans de compagnonnage au sein des Republicains. Leur affrontement constitue un test grandeur nature pour la strategie d'« union des droites » portee par Ciotti depuis sa rupture avec LR en juin 2024.
Trente ans d'alliance, deux ans de rupture
L'histoire commence en 1988, lorsque Christian Estrosi recrute le jeune diplome de Sciences Po Eric Ciotti comme collaborateur. Pendant trois decennies, les deux hommes gravissent ensemble les echelons de la droite nicoise et nationale. Le journaliste Jean-Baptiste Forray rapporte que lors du deces du pere d'Estrosi, c'est Ciotti qui prononce l'eloge funebre.
La fracture intervient progressivement. Apres la defaite d'Estrosi face a Marion Marechal-Le Pen aux regionales de 2015 (26,48 % contre 40,55 %), le maire de Nice amorce un virage centriste. Il vote Emmanuel Macron en 2017 et rejoint Horizons en 2021. Ciotti, lui, reste ancre a droite. En 2018, il declare : « J'ai aime l'Estrosi d'hier, beaucoup moins celui d'aujourd'hui ».
La rupture se consomme en juin 2024 quand Ciotti, alors president de LR, noue une alliance avec le Rassemblement national avant les legislatives anticipees. Exclu par ses pairs, il fonde l'UDR et se retrouve face a son ancien mentor pour la mairie de Nice.
Les sondages donnent l'avantage a Ciotti au premier tour
Plusieurs enquetes d'opinion convergent pour placer Eric Ciotti en tete au premier tour. Le sondage Elabe pour BFMTV, Nice-Matin et Le Figaro, publie le 27 fevrier, le credite de 41 % des intentions de vote, contre 30 % pour Estrosi. Un sondage OpinionWay accentue l'ecart : 45 % pour Ciotti, 27 % pour le maire sortant. Le sondage Cluster 17 pour Politico confirme la tendance avec 41 % contre 31 %.
Derriere les deux favoris, Juliette Chesnel-Le Roux (ecologistes, PS, PCF) est creditee de 12 a 13 % et Mireille Damiano (La France insoumise) de 10 a 11 %. Le camp Estrosi a saisi la Commission nationale des sondages, denonçant ce qu'il qualifie de « manipulation ». Le maire sortant a declare sur France Bleu : « J'arriverai au premier tour en tete ».
Le second tour s'annonce toutefois plus serre. En cas de duel direct, un sondage evoque un resultat de 51 % pour Ciotti contre 49 % pour Estrosi, un ecart dans la marge d'erreur. Le report des voix de gauche vers le maire sortant, au nom du « barrage republicain » invoque par Estrosi, pourrait modifier l'equation.
Deux programmes, un meme terrain securitaire
Sur le fond, les deux rivaux se disputent un electorat qui partage des preoccupations similaires. Estrosi propose de faire passer le nombre de cameras de videosurveillance de 6 800 a 10 000 et de doubler les effectifs de la police municipale de 500 a 1 000 agents. Il promet egalement la gratuite des transports pour les retraites et la creation de 10 000 logements d'ici 2040.
Ciotti concentre son discours sur le pouvoir d'achat et la gestion budgetaire. Il promet une baisse de la taxe fonciere, dont il denonce la hausse de 19 % entre 2023 et 2024 sous la mandature Estrosi. Son programme prevoit 500 millions d'euros pour renover le parc de logements sociaux et 1 000 places de creche supplementaires.
Les candidates de gauche, Chesnel-Le Roux et Damiano, regrettent que ce duel monopolise le debat. Elles soulignent que les deux hommes partagent un heritage « sarkozyste, anti-immigration et ultra-securitaire » et portent des propositions alternatives : encadrement des loyers, 25 % de logements sociaux, audit de la videosurveillance et gratuite progressive des transports.
Un scrutin aux consequences nationales
Au-dela de Nice, ce duel constitue un laboratoire pour la recomposition de la droite francaise. Une victoire de Ciotti validerait sa strategie d'alliance avec le RN et offrirait a l'UDR sa premiere grande ville. Elle affaiblirait la ligne portee par Bruno Retailleau et Les Republicains, dont les intentions de vote au niveau national sont passees de 17 % a moins de 10 %. Elle renforcerait l'idee que l'avenir de la droite passe par une convergence avec le Rassemblement national.
A l'inverse, une victoire d'Estrosi demontrerait que le « barrage republicain » fonctionne encore au niveau local et que les sondages favorables a Ciotti ne se traduisent pas necessairement dans les urnes. Elle maintiendrait l'espace politique d'Horizons et du camp presidentiel en region PACA a dix-huit mois de la presidentielle de 2027.
Sept listes et 492 candidats se disputent les 69 sieges du conseil municipal de la cinquieme ville de France. Mais c'est bien le duel Ciotti-Estrosi, celui de deux anciens allies devenus rivaux, qui concentre l'attention. Le premier tour, le 15 mars, dira si les Nicois valident le basculement d'une partie de la droite vers le Rassemblement national ou s'ils choisissent la continuite.











