Une tendance virale sur TikTok, baptisée « quand elle dit non », a provoqué l'ouverture d'une enquête judiciaire au Brésil le 10 mars 2026. Ces vidéos, qui mettent en scène des simulations de violences contre des femmes après un refus sentimental, soulèvent une vague d'indignation internationale. En France, le phénomène fait écho aux alertes du Haut Conseil à l'égalité sur la montée du masculinisme numérique.
Les faits : une tendance virale qui simule la violence
Le principe de ces vidéos suit un schéma identique : un créateur de contenu simule une approche romantique, le plus souvent une demande en mariage. Apparaît ensuite à l'écran la mention « s'entraîner au cas où elle dirait non », suivie de scènes simulant des agressions allant de coups de poing à des attaques avec des objets tranchants contre des mannequins représentant des femmes.
La tendance a été identifiée sur au moins quatre comptes TikTok, dont les contenus ont depuis été retirés de la plateforme. Parmi les créateurs impliqués figure l'influenceur brésilien Yuri Meirelles, suivi par 1,7 million d'abonnés sur TikTok et connu pour sa participation à des émissions de téléréalité. L'influenceur a supprimé sa vidéo avant de présenter des excuses publiques, qualifiant le contenu de « blague ».
Ces publications, diffusées entre 2023 et 2025, ont connu une résurgence virale autour de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2026. Le contexte de cette date symbolique a amplifié les réactions d'indignation sur les réseaux sociaux et dans la sphère politique brésilienne.
Une enquête judiciaire à plusieurs niveaux au Brésil
Le Ministère Public Fédéral brésilien (MPF) a révélé le 10 mars l'ouverture d'une enquête sur la diffusion de ces contenus. Le procureur fédéral aux droits humains a estimé que ces publications pouvaient « inciter au discours de haine dans l'espace numérique » et contribuer à « la naturalisation symbolique de l'agression de genre ».
La division cybercriminalité de la police fédérale brésilienne a parallèlement engagé ses propres investigations, demandant à la plateforme la préservation des données des utilisateurs concernés ainsi que le retrait des vidéos signalées. La commission de sécurité publique de la Chambre des députés brésilienne examine de son côté une demande visant à ce que le parquet général évalue la responsabilité pénale des créateurs de contenus.
Le 11 mars, le ministère brésilien de la Justice a sommé TikTok de fournir sous cinq jours des explications détaillées sur ses processus de modération, le fonctionnement de son algorithme de recommandation et l'éventuelle rémunération des créateurs concernés par cette tendance. Cette injonction intervient dans un contexte où la Cour suprême brésilienne a récemment élargi la responsabilité civile des plateformes numériques.
L'Ordre des avocats du Brésil a averti que ces vidéos pouvaient constituer une incitation au féminicide, aux coups et blessures et à la violence psychologique au sens du droit pénal brésilien. Le pays a enregistré 1 518 féminicides en 2025, un chiffre record depuis la reconnaissance légale de ce crime il y a dix ans, selon les données officielles.
La réponse de TikTok et ses limites
TikTok a retiré au moins 20 publications après avoir reçu des signalements ciblés de la part des autorités. La plateforme a déclaré dans un communiqué que « les contenus visés enfreignaient ses règles communautaires » et ont été « retirés dès leur identification », ajoutant : « Nous n'autorisons pas les discours de haine, les comportements haineux ou la promotion d'idéologies haineuses. »
Ces assurances n'ont toutefois pas convaincu les autorités brésiliennes. Les profils des créateurs de ces vidéos, comptant entre 883 et plus de 1,7 million d'abonnés, restent actifs sur la plateforme à la date du 12 mars. Seuls les contenus spécifiquement signalés ont été supprimés, laissant ouverte la question de la détection proactive de ce type de tendances par les algorithmes de modération.
La chercheuse Raquel Saraiva, de l'Institut de recherche en droit et technologie de Recife, a souligné un paradoxe structurel : les contenus polémiques et transgressifs génèrent davantage d'engagement et d'amplification algorithmique que les contenus éducatifs ou de prévention. Ce mécanisme favorise mécaniquement la viralité des publications normalisant la violence.
Un phénomène qui résonne en France
Si l'enquête judiciaire est brésilienne, la tendance « quand elle dit non » circule sur une plateforme mondiale dont l'algorithme ne connaît pas de frontières. Le phénomène touche l'ensemble des pays francophones et s'inscrit dans un contexte documenté de montée du masculinisme en ligne.
En France, le rapport 2026 du Haut Conseil à l'égalité (HCE), publié en janvier, dresse un constat convergent. Le cybersexisme y est identifié comme « la première forme de discours haineux en ligne », 84 % des victimes étant des femmes. Le HCE qualifie le masculinisme de « système idéologique structuré » affectant les jeunes générations par le biais des contenus numériques, et le désigne comme « une menace pour l'ordre public et un enjeu de sécurité nationale ».
Selon le baromètre du HCE, environ 10 millions de personnes de plus de 15 ans en France adhèrent au sexisme hostile, soit 17 % de la population concernée. Par ailleurs, 84 % des femmes interrogées déclarent avoir subi au moins une situation sexiste au cours de leur vie, dont 62 % dans l'espace public.
Parmi les 25 recommandations formulées par le HCE figurent le renforcement des contrôles de l'Arcom et de la plateforme Pharos sur les réseaux sociaux, l'obligation de transparence des algorithmes de recommandation, la création d'une catégorie autonome « masculinisme » dans les signalements, et l'intégration du concept de « terrorisme misogyne » dans les doctrines sécuritaires françaises. Le Haut Conseil recommande également de confier à un observatoire national la surveillance des radicalisations sexistes en ligne.











