Au poste-frontière d'Islam Qala, dans la province d'Hérat (ouest de l'Afghanistan), des centaines d'Afghans traversent chaque jour en sens inverse le chemin qu'ils avaient emprunté pour fuir leur pays. Ils quittent un Iran en guerre depuis les frappes israélo-américaines du 28 février pour retrouver un Afghanistan où près de la moitié de la population a besoin d'aide humanitaire. « Il n'y a pas de bon choix pour eux », résume Arafat Jamal, représentant du HCR en Afghanistan.
Fuir les bombardements pour affronter la famine
Talibshah, 27 ans, faisait vivre sa famille de sept personnes en travaillant dans l'agriculture à Qazvin, dans le nord-ouest de l'Iran. Originaire de la province de Sar-é Pol, dans le nord de l'Afghanistan, il avait quitté son pays en raison de la sécheresse qui rendait la culture impossible. La guerre l'a contraint au chemin inverse.
« Je ne sais pas si je vais pouvoir trouver un emploi », confie-t-il, avant d'ajouter : « Nous ne pouvons pas mourir de faim. » Selon l'ONU, 21,9 millions d'Afghans — près de la moitié de la population — auront besoin d'aide humanitaire en 2026.
Mohammad Kabir Nazari, 47 ans, agent de sécurité à Téhéran, décrit une situation « 50 fois plus intense » que lors de la précédente confrontation avec Israël en juin 2025. « Les missiles venaient de tous les côtés, tous les jours », témoigne-t-il. L'activité économique s'est effondrée : les marchés, habituellement pris d'assaut avant le nouvel an perse et la fin du ramadan, sont déserts.
Un mouvement de retour massif et sans précédent
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, il y a douze jours, environ 1 700 Afghans franchissent quotidiennement la frontière vers l'Afghanistan, selon le HCR. Ce chiffre s'ajoute à un exode déjà historique : 2,8 millions de retours ont été enregistrés en 2025, constituant « le plus grand mouvement de retour au monde » d'après le Haut-Commissariat aux réfugiés.

Depuis septembre 2023, des vagues successives d'Afghans ont été expulsés d'Iran et du Pakistan. Naeemullah Rahimi, 24 ans, agent de sécurité dans la banlieue de Téhéran, raconte s'être abrité au sous-sol chaque jour sous les bombardements. Un ami de Nazari a été licencié avec d'autres travailleurs afghans, priés de rentrer chez eux.
Le HCR en première ligne, mais sans financement
Le conflit entre l'Afghanistan et le Pakistan, déclenché le 26 février 2026, aggrave encore la situation. Selon l'ONU, au moins 56 civils ont été tués et environ 115 000 personnes déplacées. Les retours d'Iran s'ajoutent à cette urgence dans un pays déjà débordé.


Arafat Jamal, représentant du HCR en Afghanistan, affirme que l'organisation dispose du personnel et des infrastructures pour répondre, mais « nous n'avons pas l'argent ». Il avertit : « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser tomber l'Afghanistan. » Négliger cette région conduirait, selon lui, à « plus de déstabilisation ».











