Guterres dénonce l'écrasement de l'état de droit à Genève
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a prononcé lundi un réquisitoire sans concession contre le recul des droits humains dans le monde, à l'ouverture de la session du Conseil des droits de l'homme à Genève. « L'état de droit est écrasé par la loi du plus fort », a-t-il lancé devant les délégations présentes.
« Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté », a déclaré le chef de l'ONU. Ce discours intervient alors que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, boycottent de nouveau cette instance onusienne.
Guterres, qui a grandi sous la dictature de Salazar au Portugal, effectuait là son dernier discours annuel devant le Conseil, avant son départ prévu fin 2026 après dix années à la tête de l'organisation. « Quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule », a-t-il averti en s'adressant à la communauté internationale.
Volker Türk alerte sur des « tendances autocratiques » inédites
Le haut-commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, a appuyé le constat du secrétaire général en décrivant « une lutte acharnée pour le pouvoir, le contrôle et les ressources à une intensité et un rythme inédits depuis 80 ans ». Il a appelé les démocraties à constituer un contrepoids face aux « tendances autocratiques » observées sur tous les continents.
Türk a également visé, sans les nommer, des dirigeants qui « propagent la désinformation », tandis qu'« une petite clique de magnats de la technologie contrôle une part démesurée des flux d'information ». Une allusion transparente aux propriétaires des grandes plateformes numériques dont l'influence sur le débat public ne cesse de croître.
Journalistes emprisonnés, droits des femmes en recul
Antonio Guterres a dressé un inventaire des atteintes aux libertés fondamentales à travers le monde : emprisonnement de journalistes et de militants, fermeture d'ONG, recul des droits des femmes, exclusion des personnes en situation de handicap. « Les démocraties s'érodent. Les personnes migrantes sont harcelées, arrêtées et expulsées », a-t-il dénoncé.
Le secrétaire général a par ailleurs pointé le rôle croissant de l'intelligence artificielle comme instrument de contrôle : « Les technologies, en particulier l'intelligence artificielle, sont de plus en plus utilisées d'une manière qui réprime, accentue les inégalités. » Un avertissement qui intervient alors que plusieurs régimes autoritaires déploient des outils de surveillance algorithmique à grande échelle.
Trois crises majeures au cœur du discours
Les deux responsables onusiens ont mis en lumière trois situations de crise emblématiques du recul des droits humains dans le monde. En Iran, la répression violente des mouvements de contestation continue de frapper les opposants. En Ukraine, le quatrième anniversaire de l'invasion russe approche, avec un bilan de plus de 15 000 civils tués depuis février 2022.
Sur le conflit israélo-palestinien, les responsables de l'ONU ont constaté que la solution à deux États est désormais « ouvertement rendue inapplicable ». Ces trois dossiers illustrent, selon Guterres, l'impuissance croissante des mécanismes multilatéraux face aux violations massives du droit international.
Les coupes américaines aggravent la crise humanitaire
Ce discours intervient dans un contexte marqué par les réductions drastiques de l'aide américaine décidées sous l'administration Trump. Les besoins humanitaires explosent à travers le monde alors que les financements se contractent, plaçant les agences onusiennes et les organisations non gouvernementales dans une situation inédite.
La combinaison de ces coupes budgétaires et de la montée des autoritarismes dessine un paysage international que Guterres a qualifié de particulièrement sombre. Son appel à défendre l'état de droit résonne comme un testament politique, à moins d'un an de la fin de son mandat à la tête des Nations unies.











