Au treizieme jour de la guerre en Iran, le quotidien des Francais installes dans le Golfe persique ou de passage dans la region se resume a deux realites : attendre un vol hypothetique et garder le silence. 400 000 ressortissants francais — expatries, touristes, travailleurs detaches — se trouvent toujours dans la douzaine de pays du Moyen-Orient touches directement ou indirectement par le conflit, selon les chiffres du ministere des Affaires etrangeres mis a jour le 10 mars 2026. Sur ce total, 63 700 sont recenses aux Emirats arabes unis et 8 200 au Qatar.
Des dizaines de milliers de Francais bloques dans le Golfe
La fermeture des espaces aeriens au-dessus de l'Iran, de l'Irak et de larges portions du Golfe depuis le 28 fevrier a provoque l'annulation de milliers de vols. Emirates a suspendu la totalite de ses rotations au depart et a destination de Dubai. Qatar Airways a fait de meme, laissant pres de 8 000 passagers en transit bloques a Doha. Air France a prolonge la suspension de ses liaisons vers le Moyen-Orient, sans date de reprise annoncee (Air Journal, 3 mars).
Les consequences se repercutent bien au-dela de la region. Des milliers de touristes francais en Asie du Sud-Est, dont les vols de retour transitaient par les hubs du Golfe, se retrouvent bloques en Thailande, en Inde ou au Sri Lanka. Des billets de remplacement sont affiches a 28 000 euros sur certaines plateformes de reservation, selon le syndicat des entreprises de tour-operating (SETO).
A Dubai, les familles francaises oscillent entre impuissance et exasperation. « Tout le monde a envie de partir avant que ca degenere. Je suis avec ma femme et ma fille qui, elles, ont tres peur. Je prends sur moi. Vous voyez, la, on entend un avion, alors on regarde tous vers le ciel », temoigne Fabrice, touriste francais dans un hotel de Dubai, au micro de franceinfo le 5 mars. Julien, pere de famille bloque avec ses enfants, raconte : « On arrive a joindre personne. Les ambassades, on a essaye d'appeler. J'ai encore passe 58 minutes au telephone tout a l'heure, personne ne repond. »
Le centre de crise du Quai d'Orsay sous pression
Le centre de crise et de soutien (CDCS) du ministere des Affaires etrangeres fonctionne 24 heures sur 24 depuis le debut du conflit. 150 personnes sont mobilisees pour les seules reponses telephoniques, selon les informations communiquees par le Quai d'Orsay. Le numero de crise (+33 1 43 17 51 00) recoit un flux continu d'appels de familles en France et de ressortissants sur place.
Au 9 mars, 4 380 Francais ont ete rapatries du Moyen-Orient, dont 2 000 personnes dites « vulnerables » — enfants en bas age, femmes enceintes, personnes souffrant de pathologies chroniques — via des vols affretes par le gouvernement. Le ministre des Affaires etrangeres Jean-Noel Barrot a annonce le 5 mars que 5 000 Francais supplementaires souhaitaient quitter la region (CNews, 5 mars). Le dispositif combine des blocs de places sur des vols commerciaux, des vols civils affretes et, « si necessaire, la mobilisation d'avions de la Republique francaise », selon les termes du ministre.
Le Quai d'Orsay a egalement actualise ses consignes de securite le 10 mars pour 13 pays : Israel, Emirats arabes unis, Liban, Arabie saoudite, Qatar, Jordanie, Oman, Bahrein, Koweit, Iran, Irak, Syrie et les territoires palestiniens. Le ministere demande a tous les ressortissants de s'inscrire sur la plateforme Fil d'Ariane et de suivre les mises a jour quotidiennes des ambassades.
A Dubai, interdiction de filmer et menaces de prison
Aux difficultes logistiques s'ajoute une contrainte que les expatries et touristes francais n'avaient pas anticipee : l'interdiction de partager des informations sur le conflit. Depuis le debut des hostilites, les autorites emiraties ont rappele que toute publication sur les reseaux sociaux pouvant etre consideree comme prejudiciable a « l'ordre public », a « l'unite nationale » ou a la « reputation de l'Etat » expose son auteur a des sanctions penales pouvant aller jusqu'a un an de prison et 100 000 dirhams d'amende, soit environ 27 500 dollars (Detained in Dubai, mars 2026).
Les consignes s'appliquent aussi aux messages prives. L'organisation Detained in Dubai, specialisee dans la defense des droits des etrangers aux Emirats, recommande d'eviter tout commentaire sur le conflit iranien, de ne pas partager d'images non verifiees et de ne pas filmer les sites gouvernementaux ou militaires. Plusieurs influenceurs ont supprime des videos montrant des debris de missiles tombes pres de leurs residences, rapporte le site irlandais The Journal (10 mars).
Cette autocensure forcee cree une situation inedite : des dizaines de milliers de Francais vivent a proximite d'une zone de guerre active sans pouvoir en temoigner publiquement, sous peine de poursuites judiciaires dans leur pays de residence.
Des evacuations terrestres par des societes privees
Face a la paralysie du trafic aerien, des societes de securite privees ont pris le relais. Irena Group, dirigee par Vincent Jacquemart, ancien du renseignement, a organise l'evacuation de 50 personnes de Dubai vers Oman par la route, en convois de 10 personnes maximum pour « garantir un passage discret et rapide » (SocialMag, 6 mars). Environ 100 autres personnes etaient en attente de prise en charge par cette societe a la meme date. International SOS a egalement aide « plusieurs dizaines de salaries » a quitter les Emirats.
Plusieurs multinationales ont enclenche leurs plans d'evacuation. Des entreprises comme Citi, Deloitte et PwC ont demande a leurs collaborateurs de quitter Dubai. Le syndicat des entreprises de tour-operating (SETO) a souligne que « la principale difficulte pour rapatrier les touristes, c'est de trouver des avions » (franceinfo, 6 mars).
Les assurances, angle mort de la crise
L'aspect financier acheve de compliquer la situation des Francais du Golfe. Les contrats d'assurance voyage standard excluent les zones de guerre. Les touristes bloques se retrouvent a avancer des frais d'hebergement — les autorites emiraties remboursent les nuits d'hotel, mais cette mesure ne couvre ni les repas ni les depenses annexes. Les billets de remplacement pour contourner les espaces aeriens fermes atteignent des montants prohibitifs : jusqu'a 28 000 euros pour un retour depuis l'Asie du Sud-Est via des routes detournees.
Le gouvernement francais n'a pas annonce de dispositif d'indemnisation specifique. Les prochains jours seront determines par la reouverture ou non des couloirs aeriens au-dessus du Golfe, une hypothese qui depend directement de l'evolution des operations militaires dans la region. Pour des informations detaillees sur la chronologie du conflit en Iran, consulter notre dossier dedie. Voir egalement notre article sur le fonctionnement du centre de crise du Quai d'Orsay.











