Deux agents de sécurité russes identifiés sur le Boracay
Deux ressortissants russes employés par le groupe privé Moran Security ont été identifiés à bord du Boracay, un pétrolier de la flotte fantôme saisi par la France en septembre 2025. Aleksander T., 34 ans, et Maksim D., 40 ans et ancien du groupe Wagner, étaient inscrits sur le manifeste d'équipage comme « techniciens ».
Les deux hommes ont embarqué à Primorsk, près de Saint-Pétersbourg, le 20 septembre. Le navire a été saisi une semaine plus tard par les autorités françaises en raison d'incohérences sur son pavillon. Selon les éléments du dossier, leur mission consistait à protéger le navire, s'assurer que le capitaine suive les ordres russes et collecter du renseignement.
Me Henri de Richemont, avocat du capitaine chinois du Boracay, a confirmé : « Il y avait deux citoyens de nationalité russe à bord » qui « représentaient la cargaison ». Le capitaine a été jugé lundi au tribunal de Brest pour « refus d'obtempérer ». Détenu brièvement en octobre avec son second, il avait ensuite repris la navigation. Les deux agents russes ont quitté le navire au canal de Suez.
Moran Security Group : du FSB au groupe Wagner
Fondé en 2009 par d'anciens officiers du FSB, Moran Security Group est une société militaire privée russe sanctionnée par les États-Unis en 2024. Ses fondateurs, Evgueni Sidorov et Vadim Gusev, sont également à l'origine du Slavonic Corps, créé en 2013, considéré comme un prédécesseur du groupe Wagner.
Le président actuel de Moran, Viatcheslav Kalashnikov, est un lieutenant-colonel du FSB à la retraite. Le site internet de la société recrute ouvertement parmi les anciens du GRU (renseignement militaire russe), les parachutistes et les commandos de la marine. Cette proximité avec les services de sécurité russes illustre la porosité entre les structures militaires privées et l'appareil d'État à Moscou.
Selon un haut responsable militaire en mer Baltique, il existe « au minimum une coordination entre ces sociétés militaires privées et l'État russe ». Des dizaines de navires de la flotte fantôme disposeraient d'équipes similaires fournies par Moran, déployés en particulier en mer Baltique et dans l'Atlantique.
Une mission de renseignement aux portes de l'Europe
Un officier de renseignement européen a précisé le rôle de ces agents embarqués : « Quand ils passent près des côtes européennes ou de moyens militaires, ils photographient nos bâtiments. » Cette activité de collecte d'informations s'ajoute à la mission de protection des cargaisons de pétrole russe, ce qui confère à ces agents un double rôle, à la fois sécuritaire et opérationnel.
Le Boracay est par ailleurs soupçonné d'être lié aux survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre 2025, bien que ce lien n'ait pas été formellement établi par les enquêteurs. Le vice-amiral Didier Maleterre, ancien haut commandant à l'OTAN, a souligné la difficulté de prouver une intention de sabotage dans les cas de dommages suspectés sur les câbles sous-marins causés par des navires de la flotte fantôme.
La flotte fantôme, instrument de contournement des sanctions
La flotte fantôme désigne un ensemble de 600 à 1 400 navires utilisés par la Russie pour exporter son pétrole en contournant les sanctions occidentales imposées depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022. Environ 60 % du pétrole russe transite par la mer Baltique, ce qui fait de cet espace maritime un point névralgique pour ces opérations à grande échelle.
Ces navires opèrent sous des pavillons de complaisance, changent régulièrement de nom et d'immatriculation, et naviguent sans les assurances requises par les conventions internationales. Leur prolifération constitue un défi direct pour les marines européennes chargées de surveiller les eaux du continent.
La France a saisi un deuxième pétrolier suspect, le Grinch, le 22 janvier 2026. Le président Emmanuel Macron a affiché sa volonté d'« augmenter la pression sur la flotte fantôme ». Ces saisies successives illustrent le durcissement progressif de la réponse française et européenne face à ces navires.
Le Boracay rebaptisé et repositionné en Chine
Le pétrolier Boracay bat désormais pavillon russe et a été rebaptisé « Phoenix ». Il mouille actuellement près de Rizhao, un port de la côte est de la Chine. Ce changement de pavillon et de nom constitue une pratique courante pour les navires de la flotte fantôme cherchant à échapper aux contrôles et à poursuivre leurs rotations commerciales.
Veto hongrois sur les nouvelles sanctions européennes
L'Union européenne espérait adopter lundi de nouvelles sanctions ciblant spécifiquement la flotte fantôme et les entités qui la soutiennent. La Hongrie a toutefois opposé son veto au texte, bloquant l'ensemble du paquet. Ce blocage prolonge les difficultés des Vingt-Sept à mettre en place une réponse coordonnée au niveau européen face à un phénomène maritime qui sert directement les intérêts financiers et stratégiques de Moscou.
Les pays riverains de la Baltique, en première ligne face aux navires de la flotte fantôme, appellent depuis plusieurs mois à des mesures plus fermes. La question des câbles sous-marins, des activités de renseignement et de la sécurité maritime reste au cœur des discussions entre les capitales européennes.










