Trump : << traitre >> ou stratege visionnaire selon Walesa
Depuis son bureau des chantiers navals de Gdansk, orne des drapeaux europeen, polonais et ukrainien, Lech Walesa, 82 ans, cofondateur de Solidarnosc et prix Nobel de la paix 1983, a livre a l'AFP une analyse en deux temps de la posture de Donald Trump face a la guerre en Ukraine.
<< En apparence, aujourd'hui, il semble etre le valet de la Russie, un traitre tout simplement >>, a declare l'ancien president polonais (1990-1995). Mais il expose aussitot l'hypothese inverse : Trump serait << un responsable politique extremement intelligent >> qui << sait que si les Etats-Unis se joignaient au choeur anti-Poutine, Poutine n'aurait plus le choix et devrait utiliser l'arme atomique >>.
<< Il y a donc deux facons de voir les choses : traitre ou homme extremement intelligent >>, a-t-il resume. << A ce jour, je ne sais toujours pas laquelle s'applique a Trump. >>
La menace nucleaire au coeur du raisonnement
Pour Walesa, la cle de lecture repose sur le risque d'escalade nucleaire. Selon lui, Trump force deliberement << l'Europe a s'organiser contre Poutine, sans les Etats-Unis. Parce que si les Etats-Unis entrent en jeu, c'est la guerre nucleaire >>.
L'ancien dirigeant syndicaliste qualifie cette strategie de << jeu tres ruse, tres intelligent >> : << Ne pas pousser Poutine a utiliser l'arme nucleaire, jouer l'ami. >> Il justifie cette prudence par un constat sans appel sur le maitre du Kremlin : << Parce que Poutine est irresponsable. >>
Si cette lecture se confirmait, Trump << meriterait >> le prix Nobel de la paix, a estime Walesa. << Mais s'il est un traitre, il ne le merite pas, donc il faut attendre. >>
Un avertissement a Maria Corina Machado
Walesa a d'ailleurs revele avoir rencontre aux Etats-Unis l'opposante venezuelienne Maria Corina Machado, laureate du prix Nobel de la paix 2025, qui avait remis sa medaille a Trump. << Je lui ai dit qu'elle etait allee trop vite en besogne >>, a-t-il confie.
Le grand regret de l'ancien president polonais
L'entretien a pris une tournure plus personnelle lorsque Walesa a evoque ce qu'il considere comme l'echec majeur de sa presidence. Il souhaitait que la Pologne et l'Ukraine rejoignent ensemble l'Union europeenne et l'OTAN, mais avait garde ce projet secret. << J'ai perdu a la presidentielle et tout est tombe a l'eau. J'aurais du agir plus tot >>, a-t-il regrette.

Ce regret eclaire son engagement actuel en faveur de Kiev. << Nous devons aider l'Ukraine de toutes nos forces >>, a-t-il martele, avant de lancer un avertissement grave : << Si la Russie conquiert l'Ukraine, nous pourrons apprendre le chinois et le russe. >> Un message adresse autant aux dirigeants europeens qu'a l'opinion publique du continent.
Le probleme russe depasse Poutine, selon Walesa
Au-dela du conflit en cours, Walesa a elargi son analyse au probleme structurel que pose la Russie. << Si on parvient a vaincre la Russie, celle-ci se relevera dans dix ans >>, a-t-il prevenu. << Le probleme de la Russie ne reside ni dans Poutine, ni dans Staline mais dans un mauvais systeme politique. >>
Cette reflexion, formulee a la veille du quatrieme anniversaire de l'invasion lancee le 24 fevrier 2022, intervient alors que les negociations engagees depuis 2025 sous l'impulsion de Donald Trump n'ont toujours pas abouti. Le conflit entre dans sa cinquieme annee sans perspective de resolution immediate.
Un decor charge de symboles
L'entretien s'est deroule dans le bureau historique de Walesa aux chantiers navals de Gdansk, berceau du mouvement Solidarnosc. Sur les murs, les portraits de Jean-Paul II et de Jozef Pilsudski, un crucifix, et trois drapeaux — europeen, polonais, ukrainien — composent un decor qui resume a lui seul les convictions du vieil homme d'Etat : foi, souverainete nationale et solidarite europeenne face a la menace russe.











