Les chiffres défilent dans les dépêches sans jamais s'arrêter sur un visage. Depuis le 28 février 2026, les frappes américano-israéliennes sur l'Iran ont tué plus de 1 250 civils, selon le Croissant-Rouge iranien. Un bilan que ni Washington ni Tel-Aviv ne commentent, et que les médias occidentaux relèguent au second plan derrière les développements militaires et diplomatiques.
Les civils, premières victimes d'une guerre qu'ils n'ont pas choisie
Le 7 mars, une frappe a touché une école primaire de filles à Minab, dans la province d'Hormozgan. Le bilan, confirmé par les Nations unies : 148 morts et 95 blessés, dont une majorité d'enfants. L'UNESCO a qualifié l'attaque de « tragédie » et demandé une enquête indépendante.
Dix centres médicaux ont été endommagés à travers le pays. Amnesty International a lancé un « appel urgent à la protection des civils et au respect du droit international humanitaire », dénonçant des frappes sur des zones résidentielles sans objectif militaire identifiable.
En deux semaines, 3,2 millions d'Iraniens ont fui leur domicile. Les provinces de Téhéran, d'Isfahan et du Khuzestan concentrent l'essentiel des déplacements. Les camps improvisés manquent d'eau, de nourriture et de médicaments, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).
3 000 ans de patrimoine sous les bombes
Au-delà du bilan humain, la guerre frappe un héritage culturel millénaire. L'UNESCO a confirmé des dommages sur quatre sites inscrits au patrimoine mondial : le palais du Golestan à Téhéran (XIXe siècle, résidence des Qadjars), le palais de Chehel Sotoun à Isfahan (XVIIe siècle, 40 colonnes), la mosquée Masjed-e Jame d'Isfahan (XIe siècle, plus ancienne mosquée du vendredi d'Iran) et la citadelle de Falak-ol-Aflak à Khorramabad (IIIe siècle).
Au total, 56 musées et sites historiques ont subi des dégâts, selon les autorités iraniennes. L'Iran et le Liban ont demandé à l'UNESCO d'ajouter plusieurs sites à la liste de protection renforcée prévue par la Convention de La Haye de 1954.
L'ONG Blue Shield, surnommée le « Croix-Rouge du patrimoine », a évoqué de « potentiels crimes de guerre » au regard du Protocole II de cette convention, qui interdit les attaques contre les biens culturels sauf en cas de « nécessité militaire impérative ».
Un silence qui interroge
Le contraste est saisissant avec d'autres conflits. En Ukraine, le décompte des victimes civiles et la destruction du patrimoine ont fait l'objet d'une couverture quotidienne dès les premiers jours. En Iran, les mêmes données existent — les mêmes organisations les produisent —, mais elles peinent à franchir le seuil de l'attention médiatique occidentale.
Plusieurs facteurs expliquent cette asymétrie : la difficulté d'accès au terrain pour les journalistes étrangers, la méfiance envers les chiffres du régime iranien, et la focalisation du récit médiatique sur l'affrontement stratégique entre Washington et Téhéran. Le résultat est le même : les civils iraniens sont comptés sans être racontés.
Ce que dit le droit international
Les Conventions de Genève imposent la distinction entre objectifs militaires et populations civiles. Le Protocole additionnel I interdit les attaques « dont on peut attendre qu'elles causent des pertes civiles excessives par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu » — le principe de proportionnalité.
La Cour pénale internationale (CPI) n'a pas ouvert d'enquête à ce stade. Amnesty International et Human Rights Watch ont toutes deux demandé une saisine. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a appelé les belligérants à « respecter scrupuleusement » le droit international humanitaire.











