Le cancer l'a percutée « comme une météorite ». Khelga Pirogova, 37 ans, opposante russe réfugiée à Vilnius en Lituanie, mène désormais un double combat : contre un cancer de stade 3 avec des métastases limitées, et contre le régime de Vladimir Poutine. Ancienne élue municipale de Novossibirsk en Sibérie, elle fait partie de ces dissidents qui tentent de maintenir vivante l'opposition russe depuis l'exil.
De Novossibirsk à l'exil en Lituanie
En septembre 2020, Khelga Pirogova avait remporté une élection au sein d'une coalition soutenant Alexeï Navalny — un fait exceptionnel, même à l'époque, dans le paysage politique russe. C'était avant que les autorités n'écrasent les partisans de Navalny puis, après l'invasion de l'Ukraine en février 2022, le reste de l'opposition.
En mars 2022, elle s'était présentée au conseil municipal vêtue d'une chemise bleue et d'une couronne de fleurs jaunes, en signe de soutien au peuple ukrainien. En juillet de la même année, enceinte, elle a fui la Russie avec son mari : les autorités menaçaient de l'emprisonner pour un tweet dénonçant les funérailles de soldats russes tués au front.
L'enquête
Réfugiée à Vilnius, elle a donné naissance à une fille et travaille pour le Fonds de lutte contre la corruption, l'organisation créée par Navalny qui réalise des enquêtes sur les malversations des élites russes. Navalny est mort en prison le 16 février 2024. Une enquête révélée samedi, menée par cinq pays dont la France et le Royaume-Uni, a conclu qu'il avait été « empoisonné » avec une « toxine rare ».
Le « journal d'une vampire » sur Instagram
En janvier 2025, les médecins annoncent à Khelga Pirogova un cancer du col de l'utérus en phase terminale. « Ça signifie le cercueil ! » dit-elle avec un rire déconcertant. Trois semaines plus tard, le diagnostic est revu : stade 3 avec des métastases limitées. Débute alors un traitement par chimiothérapie et radiothérapie.
Sur Instagram, elle tient un carnet de bord composé de 23 vidéos, qu'elle a surnommé « le journal d'une vampire ». En pyjama ou en peignoir, le visage exténué, elle parle de sa fatigue — « J'ai l'impression de décharger des wagons toutes les nuits » — et des effets secondaires des médicaments. « Cela me soulage et je reçois un immense soutien émotionnel de mes abonnés », explique cette femme qui, avant la maladie, pratiquait le swing, le lindy hop et le boogie-woogie.
Sa première saison de chimio
Sa première « saison » de chimio et radiothérapie est terminée, sans rémission. Elle poursuit une immunothérapie ciblée financée grâce à un appel aux dons ayant rassemblé 65 000 euros.
Vivre plus longtemps que Poutine
Selon Khelga Pirogova, sa lutte contre Vladimir Poutine et le cancer ont en commun leur « gravité » et le fait que vaincre « un dictateur », comme la maladie, nécessite « des soutiens extérieurs ». Déclarée « agent de l'étranger » par Moscou — un statut imposant de sévères contraintes sous peine de sanctions —, elle ne mentionne pas publiquement l'identité des nouveaux militants qu'elle observe en Russie.
Car malgré la répression, elle observe une « nouvelle génération » de militants qui « cherchent à parler » et évoquent les difficultés économiques causées par la guerre. « Ils soulèvent des problèmes locaux, de façon extrêmement prudente, sans jamais contester le pouvoir au niveau fédéral. »
La mission de son équipe est
La mission de son équipe est de couper le maximum de « tentacules » du Kremlin et, si des élections libres reviennent un jour, de faire en sorte que les Russes « n'oublient pas de s'exprimer ». Khelga Pirogova affirme vouloir vivre plus longtemps que Vladimir Poutine : « Une corruption d'une ampleur monstrueuse a imprégné tout le pouvoir. Cela fait peur, mais je suis curieuse de savoir comment on pourra la combattre, lorsque Poutine disparaîtra. »










