Le Premier ministre conservateur thaïlandais Anutin Charnvirakul s'apprête à négocier la formation d'une nouvelle coalition au lendemain de sa victoire aux législatives anticipées. Son parti, le Bhumjaithai, a doublé son nombre de députés par rapport au scrutin de 2023, porté par une campagne centrée sur le nationalisme et la défense de la monarchie.
Une victoire portée par le conflit cambodgien
Le ressort nationaliste a joué un rôle déterminant dans cette élection. La reprise du conflit frontalier avec le Cambodge, qui a dégénéré en affrontements meurtriers l'année précédente, a dominé les préoccupations de l'électorat. Le parti Bhumjaithai doit sa victoire à « l'accent qu'il a mis sur son attachement au nationalisme et au roi », analyse Paul Chambers, chercheur associé à l'Institut ISEAS-Yusof Ishak à Singapour.
A Bangkok, Prae Sangmanee, couturière de 46 ans, confirme : la fin du conflit avec le Cambodge était sa priorité. « Si les frontières sont sécurisées, l'économie devrait pouvoir progresser », estime-t-elle.
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Des rivaux politiques affaiblis
Le Parti du peuple (réformiste) a été largement distancé avec environ 120 sièges, une chute significative par rapport aux précédentes élections qu'il avait remportées. Quant au Pheu Thai, parti populiste longtemps dominant, il enregistre son pire résultat depuis la fondation de la dynastie politique de Thaksin Shinawatra au début du siècle.
L'image du Pheu Thai souffre de l'incarcération de Thaksin pour corruption et de la destitution à l'été 2025 de sa fille Paetongtarn Shinawatra, à qui il était reproché un excès de courtoisie envers un ancien dirigeant cambodgien.

La Bourse salue la stabilité retrouvée
La Bourse thaïlandaise a réagi positivement, bondissant de plus de 3 %, tandis que le baht s'est raffermi. Cette nette victoire augure d'une plus grande stabilité politique, après trois Premiers ministres en deux ans. Toutefois, la volonté d'Anutin de mener des réformes structurelles reste « incertaine », estime Grace Lim, analyste chez Moody's Ratings.
Anutin, qui ne devrait pas obtenir la majorité absolue à la Chambre basse (500 députés), devra nouer des alliances. Interrogé sur une possible coalition avec le Pheu Thai, il a assuré que « tout est encore à l'étude ».
Un Premier ministre pro-armée et atypique
Riche héritier du BTP et pilote d'avion à ses heures, Anutin Charnvirakul se veut proche du peuple. L'entreprise de sa famille, Sino-Thai Engineering, a notamment construit le Parlement à Bangkok. Figure de la légalisation du cannabis en Thaïlande, il joue du saxophone et du piano sur les réseaux sociaux.

Pour le chercheur Paul Chambers, cette victoire « permettra à l'armée de devenir encore plus autonome par rapport au contrôle civil ». Peu après avoir été choisi comme Premier ministre en septembre 2025, Anutin avait autorisé les forces armées à prendre toutes les mesures qu'elles jugeaient appropriées à la frontière, sans en référer au gouvernement.











