Sanchez dit non a la guerre malgre les menaces de Trump
Lors d'une allocution solennelle prononcee mercredi matin, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques americano-israeliennes menees contre l'Iran « par peur des represailles de certains », une reference directe au dirigeant americain.
La veille, Donald Trump, agace depuis plusieurs mois par le refus de l'Espagne de consacrer 5% de son PIB a ses depenses de defense dans le cadre de l'Otan, avait vertement reproche au gouvernement espagnol de gauche de refuser a l'aviation americaine l'acces a deux bases militaires situees dans le sud du pays pour sa campagne contre l'Iran.
LEspagne a ete terrible a cingle
« L'Espagne a ete terrible », a cingle le president americain, menacant directement Madrid de « cesser » completement les relations commerciales entre les deux pays.
Ces tentatives d'intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une serie de marques de soutien de ses homologues europeens, du president du Conseil europeen Antonio Costa au president francais Emmanuel Macron.
Le dementi espagnol face a la Maison Blanche
Dans la soiree de mercredi, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a seme le doute, assurant que l'Espagne avait finalement « accepte de cooperer » avec les forces armees americaines. « Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du president hier », a-t-elle declare.
Cette affirmation a ete quasi immediatement dementie par le ministre des Affaires etrangeres espagnol Jose Manuel Albares. La position de l'Espagne « n'a absolument pas change », a-t-il assure sur la radio Cadena Ser, dementant « categoriquement » toute intention de cooperer avec les Etats-Unis dans ce conflit.
Dou cela peut-il venir
« D'ou cela peut-il venir ? Je n'en ai pas la moindre idee », a-t-il assene, reiterant le refus espagnol de laisser les Etats-Unis utiliser les bases andalouses au coeur d'un traite signe entre les deux pays en 1953, sous le regime de Franco.
Pedro Sanchez a egalement condamne la riposte iranienne et redit son opposition au regime « des ayatollahs ». Le president iranien a toutefois salue sur X la « conduite responsable » de l'Espagne.
Calculs politiques et precedent irakien
Sur le plan interieur, la prise de position de Pedro Sanchez -- dont le gouvernement appelle depuis samedi a une cessation des hostilites -- est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son electorat autour d'une thematique consensuelle au sein de la gauche espagnole. Le moment politique est delicat pour le dirigeant socialiste, entre defaites dans des scrutins regionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcelement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE).


Le patron du Parti populaire (droite), Alberto Nunez Feijoo, a exhorte Donald Trump a « respecter » l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique etrangere a des fins « partisanes ». Le quotidien El Pais, repute proche de la gauche, a mis en garde le Premier ministre en lui suggerant d'« eviter la tentation d'utiliser l'immense animosite qui existe a l'egard de Trump dans la societe espagnole pour gagner en popularite ».
Le slogan pacifiste Non a
Le slogan pacifiste « Non a la guerre » avait ete utilise par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention americaine en Irak, ou des troupes de Madrid avaient ete deployees sous le gouvernement de droite de Jose Maria Aznar. Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue a Madrid avaient dans ce contexte ete attribues par de nombreux Espagnols a cette intervention, et la gauche avait remporte les legislatives trois jours plus tard.











