Les forêts françaises ne vont pas bien. Et le problème ne se limite pas aux incendies spectaculaires de l'été : c'est une triple crise — sécheresse, parasites, feu — qui dévore silencieusement le patrimoine forestier national. L'inventaire forestier de l'IGN, publié en 2025, révèle que la mortalité des arbres a bondi de 125 % en dix ans. L'Académie des sciences a officiellement alerté sur la menace pesant sur le puits de carbone forestier. Pourtant, aucun média français n'avait jusqu'ici relié les trois phénomènes dans une même analyse.
Mortalité record : les chiffres de l'inventaire forestier
L'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) a publié en 2025 les résultats de son inventaire national. Le constat est brutal : la mortalité des arbres en France a augmenté de 125 % en dix ans. Le puits de carbone forestier — la capacité des forêts à absorber plus de CO2 qu'elles n'en émettent — a reculé de 38 %, selon la Banque des Territoires qui synthétise ces données.
L'Académie des sciences a publié un communiqué d'alerte : la menace sur le puits de carbone forestier français est « réelle et immédiate ». La forêt française couvre 31 % du territoire métropolitain, soit environ 17 millions d'hectares, et représente un pilier de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Ce pilier est en train de céder.
La boucle infernale que personne ne montre
Le problème n'est pas un seul facteur, mais leur enchaînement. Les sécheresses répétées — dont celle annoncée pour l'été 2026 par MétéoNews et le BRGM, que Regards Actuels a décryptée — affaiblissent les arbres en réduisant leurs réserves hydriques et leur capacité de défense chimique. Les arbres stressés deviennent des cibles pour les scolytes, ces coléoptères xylophages dont les populations explosent avec les hivers de plus en plus doux.
L'Office national des forêts confirme que la crise des scolytes « s'accélère partout en France », bien au-delà de son foyer initial dans le Grand Est. Les épicéas sont les plus touchés, mais d'autres essences commencent à être affectées. Les arbres tués par les scolytes se dessèchent et deviennent du combustible. Ils alimentent des incendies dont le risque s'étend désormais à des régions qui n'y étaient pas exposées historiquement, selon l'ONF.
Chaque incendie libère le carbone stocké par les arbres pendant des décennies. Chaque arbre mort, qu'il brûle ou pourrisse, réduit la capacité d'absorption de la forêt. La boucle se referme : moins d'arbres vivants absorbent moins d'eau, ce qui aggrave la sécheresse locale et affaiblit les arbres restants. Ce cercle vicieux est documenté par l'INRAE, l'ONF et le CNRS, mais il n'avait jamais été présenté de manière synthétique dans la presse française.
La neutralité carbone 2050 fragilisée
La France a bâti sa SNBC sur l'hypothèse que ses forêts continueraient d'absorber une part significative de ses émissions. Si le puits de carbone forestier s'effondre — ou pire, si les forêts deviennent émettrices nettes de CO2, comme c'est déjà le cas dans certaines régions du nord-est selon les données de l'IGN rapportées par Actu-Environnement —, c'est un pilier entier de la stratégie climatique qui s'effrite.
L'Académie des sciences le formule sans détour : les projections qui sous-tendent les engagements de la France à l'horizon 2050 risquent d'être obsolètes avant même d'être atteintes. La forêt, longtemps considérée comme un allié fiable dans la lutte contre le réchauffement, pourrait devenir un passif.
Ce qui se joue dans les prochains étés
L'été 2026 sera un test. Les nappes phréatiques, déjà sous surveillance après des déficits hydriques récurrents, conditionneront la survie des arbres les plus fragilisés. Le nucléaire français lui-même dépend de l'eau — la majorité des réacteurs utilisent les rivières pour leur refroidissement —, ce qui crée un lien direct entre sécheresse, énergie et survie forestière.
La gestion forestière française, longtemps orientée vers la production de bois, fait face à un choix stratégique : continuer à planter des essences vulnérables au climat actuel ou adapter le patrimoine forestier. L'ONF, l'INRAE et le CNRS travaillent sur des scénarios d'adaptation, mais le temps de réponse d'une forêt se mesure en décennies. Chaque année perdue rapproche le point de basculement.








