À 86 jours du coup d'envoi de la Coupe du Monde 2026 (11 juin), la place de l'Iran dans le tournoi reste suspendue. Le ministre iranien des Sports, Ahmad Donyamali, a déclaré le 11 mars que la participation de l'équipe nationale est « fondamentalement impossible », invoquant la guerre menée par les États-Unis et Israël sur le territoire iranien depuis le 28 février. Pourtant, la Fédération iranienne n'a transmis aucun courrier officiel de retrait à la FIFA. Le dossier est un casse-tête juridique, diplomatique et sportif sans précédent dans l'ère moderne du football.
L'annonce iranienne : entre boycott et négociation
Le 11 mars 2026, Ahmad Donyamali a justifié le retrait par l'impossibilité d'envoyer des joueurs sur le sol américain alors que Washington mène des frappes contre l'Iran. « Le régime hôte a assassiné nos dirigeants et tue nos citoyens. La participation est impossible », a-t-il déclaré.
Mais la situation est plus nuancée qu'un simple claquement de porte. Le 16 mars, le président de la Confédération asiatique de football (AFC) a affirmé que l'Iran « est toujours inscrit au tournoi ». En parallèle, des responsables iraniens négocient avec la FIFA pour que les trois matchs du Groupe G prévus aux États-Unis soient déplacés au Mexique, co-organisateur du tournoi.
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a rencontré Donald Trump et déclaré que l'équipe iranienne « est bien sûr la bienvenue » dans la compétition. La FIFA affirme « suivre la situation » sans avoir pris de décision formelle.
Le Groupe G dans l'incertitude
L'Iran est versé dans le Groupe G aux côtés de la Belgique, de l'Égypte et de la Nouvelle-Zélande. Le calendrier prévu est le suivant :
Le 15 juin, Iran – Nouvelle-Zélande au SoFi Stadium d'Inglewood (Californie). Le 21 juin, Belgique – Iran au SoFi Stadium. Le 26 juin, Égypte – Iran au Lumen Field de Seattle. Les trois matchs de l'Iran sont programmés sur le sol américain.
Pour les trois autres sélections du groupe, l'incertitude complique la préparation. Un retrait iranien modifierait le format du groupe : la FIFA devrait choisir entre réduire la poule à trois équipes — ce qui diminuerait le nombre de matchs disputés — ou intégrer un remplaçant de dernière minute.
Les règles FIFA : article 6.7 et pouvoir discrétionnaire
Le règlement de la Coupe du Monde FIFA 2026 prévoit cette situation dans son article 6.7. Le texte accorde à la FIFA un « pouvoir discrétionnaire exclusif » pour décider du remplacement d'une association membre. Concrètement, la FIFA peut remplacer l'Iran par une autre fédération, ou réduire le groupe.
En pratique, le remplacement s'effectue au sein de la même confédération continentale, ici la Confédération asiatique de football (AFC). L'objectif est de respecter les quotas continentaux définis avant les qualifications.
Un retrait expose l'Iran à des sanctions : amende pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars et suspension potentielle des compétitions futures. L'AI Act européen prévoit des amendes similaires dans d'autres domaines, mais les sanctions FIFA restent à la discrétion du comité de discipline.
Trois remplaçants potentiels
Scénario 1 : l'Irak, favori logique
L'Irak est le candidat le plus probable. Éliminé lors du cinquième tour des qualifications asiatiques, l'Irak a obtenu sa place en barrage intercontinental en battant les Émirats arabes unis. Le 31 mars 2026, l'Irak affrontera le vainqueur du match Bolivie – Suriname à Monterrey (Mexique). Si l'Irak remporte ce barrage, il sera déjà qualifié et la prochaine équipe AFC en lice sera les Émirats.
Scénario 2 : les Émirats arabes unis
Si l'Irak se qualifie par le barrage intercontinental, les Émirats arabes unis deviendraient le premier choix de remplacement au sein de l'AFC, en tant que dernière équipe éliminée lors de la finale des barrages asiatiques face à l'Irak.
Scénario 3 : l'Italie, hypothèse politique
Certaines sources évoquent un repêchage de l'Italie, 13e au classement FIFA et meilleure nation non qualifiée. La Squadra Azzurra a manqué la qualification et son retour par la petite porte serait une première. Toutefois, la FIFA privilégie le remplacement au sein de la même confédération. Le scénario italien supposerait une dérogation au principe des quotas continentaux et relèverait d'une décision politique davantage que sportive.
Neuf boycotts en 94 ans de Coupe du Monde
Si l'Iran confirme son retrait, il rejoindra une liste de neuf nations ayant boycotté des phases finales depuis 1930 :
En 1950, au Brésil, l'Inde, la Turquie, l'Écosse et la France avaient décliné leur participation, réduisant le tableau de 16 à 13 équipes. L'Inde n'avait pas jugé le tournoi suffisamment important. La Turquie avait invoqué le coût du déplacement transatlantique.
En 1966, en Angleterre, quinze nations africaines avaient boycotté le processus de qualification pour protester contre le manque de représentation directe du continent. Il s'agit du seul boycott continental de l'histoire de la compétition.
Aucune de ces situations ne constitue un précédent direct pour le cas iranien. Jamais une équipe qualifiée ne s'est retirée aussi près du début du tournoi — à trois mois du coup d'envoi — et pour des raisons liées à un conflit armé avec le pays hôte.
Le calendrier : deux dates clés
Le 31 mars, le barrage intercontinental Irak – Bolivie/Suriname à Monterrey déterminera la hiérarchie des remplaçants potentiels au sein de l'AFC.
Le 30 avril, le congrès annuel de la FIFA à Vancouver constituera le moment de décision. Les responsables du football iranien sont attendus à cette assemblée. Si le conflit persiste à cette date, la FIFA devra trancher : remplacement, réduction du groupe, ou maintien de l'Iran avec des aménagements (déplacement des matchs au Mexique).
D'ici là, la diplomatie sportive continue en coulisses. La guerre en Iran, entrée dans sa troisième semaine, conditionne l'ensemble du dossier. Le football, comme souvent, se retrouve à l'intersection du sport et de la géopolitique — avec, cette fois, un calendrier qui ne laisse aucune marge d'erreur à la FIFA.
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