Les réserves de gaz naturel en Europe sont tombées à leur plus bas niveau depuis 2022, selon Opéra Énergie. Ce recul intervient alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran a frappé au cœur de l'infrastructure gazière mondiale : le terminal de Ras Laffan au Qatar, premier site de GNL au monde, est à l'arrêt. Voici pourquoi la situation est préoccupante et ce qu'elle signifie pour les Français.
Des réserves au plus bas depuis la crise énergétique de 2022
Les stocks de gaz européens ont chuté bien en dessous des niveaux habituels pour la saison. Selon Opéra Énergie, les réserves sont dans « le rouge », un niveau comparable à celui de l'hiver 2022-2023, quand la Russie avait coupé l'essentiel de ses livraisons vers l'Europe.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. L'hiver 2025-2026 a été plus froid que prévu, épuisant les réserves plus rapidement. L'arrêt du transit de gaz russe via l'Ukraine depuis janvier 2025 a réduit les volumes disponibles. Et depuis le 28 février 2026, la guerre au Moyen-Orient a provoqué une flambée des prix qui rend le réapprovisionnement plus coûteux.
Ras Laffan détruit : 17 % du GNL mondial en moins
Le coup le plus dur est venu du Qatar. Les frappes iraniennes sur Ras Laffan, le plus grand terminal de gaz naturel liquéfié au monde, ont réduit de 17 % la capacité d'exportation du pays, selon QatarEnergy. Les réparations sont estimées à 3 à 5 ans pour un coût annuel de 20 milliards de dollars.
Le Qatar fournit environ 20 % du GNL mondial et est le premier fournisseur de l'Asie. L'Europe, qui s'était tournée vers le GNL après la rupture avec la Russie, se retrouve en concurrence directe avec les acheteurs asiatiques pour des volumes réduits.
Parallèlement, la frappe israélienne sur South Pars, le plus grand champ gazier au monde partagé entre l'Iran et le Qatar, a aggravé l'incertitude sur l'avenir de la production dans la région.
Le gaz européen au plus haut depuis 2023
Le TTF néerlandais, référence européenne du prix du gaz, a bondi de 54 % depuis le début du conflit. Selon Le Grand Continent, la hausse atteint 70 % par rapport au niveau d'avant-guerre. Les cours ont atteint des niveaux qui n'avaient plus été vus depuis la crise énergétique de 2023.
Cette flambée renchérit le réapprovisionnement des stocks européens. Les opérateurs doivent acheter du GNL à prix fort pour reconstituer les réserves avant l'hiver prochain, alors que les volumes disponibles diminuent.
Impact sur les factures des Français
En France, le prix repère du gaz (PRM) est ajusté chaque mois par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). La hausse du TTF se répercute avec un décalage de quelques semaines. Selon Selectra, la question n'est plus de savoir si les factures augmenteront, mais de combien.
Le bouclier tarifaire sur le gaz a été supprimé en juillet 2023. Il n'existe plus de mécanisme de plafonnement comparable. Les ménages au tarif réglementé sont exposés aux variations du marché. JeChange recommande aux consommateurs d'évaluer les offres à prix fixe pour se protéger de la volatilité.
Les ménages se chauffant au gaz (environ 11 millions de foyers en France) seront les premiers touchés. L'industrie gazo-intensive (chimie, verrerie, céramique) subit déjà la hausse des coûts.
Peut-on éviter une crise cet hiver ?
L'Europe dispose de plusieurs leviers. Les importations de GNL américain et norvégien restent stables. L'Algérie maintient ses livraisons vers l'Espagne et l'Italie. Les terminaux de regazification construits en urgence en 2022-2023 (Allemagne, Pays-Bas) augmentent la capacité d'importation.
Mais ces leviers ont leurs limites. Si le blocus d'Ormuz se prolonge et que les réparations de Ras Laffan prennent 3 à 5 ans, l'Europe fera face à un déficit structurel de GNL. Touteleurope.eu pose la question : « L'Europe est-elle au bord d'une nouvelle crise énergétique ? » La réponse dépendra de la durée du conflit.











