On parle du Brent à 115 $, du gazole à 2,06 EUR/l, du gaz européen en hausse de 54 à 70 %. Mais il y a une conséquence de la guerre en Iran dont personne ne parle encore en France : la hausse des prix alimentaires. La chaîne de transmission est directe, documentée, et ses effets arriveront dans les rayons des supermarchés d'ici quelques mois.
D'Ormuz à votre assiette : la chaîne de transmission
Le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par l'Iran depuis le 28 février, est un point de passage pour 20 % du pétrole mondial mais aussi pour 30 % du GNL mondial. Le terminal de Ras Laffan au Qatar, premier site de GNL au monde, a été gravement endommagé par les frappes iraniennes. QatarEnergy a perdu 17 % de sa capacité d'exportation.
Cette double perturbation fait flamber le gaz européen (TTF : +54 à 70 % selon les sources). Or le gaz naturel est la matière première des engrais azotés, utilisés massivement en agriculture. Il faut environ 900 à 1 100 m³ de gaz naturel pour produire une tonne d'ammoniac, base de tous les engrais azotés.
Résultat : selon Terre-net, les prix des engrais azotés ont bondi de 47 % en trois semaines depuis le début du conflit. L'ammonitrate, principal engrais utilisé en France, est passé de 280 à plus de 410 EUR la tonne sur le marché spot.
Les agriculteurs réduisent les doses d'azote
Face à la flambée, de nombreux agriculteurs français font un choix forcé : réduire les apports d'azote sur les céréales de printemps. C'est précisément la période où les épandages sont décisifs pour le rendement et la teneur en protéines du blé.
Terre-net alerte : « L'agriculture française est à la veille d'un choc économique. » Si les doses sont insuffisantes, le blé français risque de perdre en qualité boulangère (teneur en protéines inférieure au seuil de 11,5 %). Conséquence : il sera déclassé en blé fourrager, moins bien valorisé, et la France devra importer du blé de qualité.
Le coût des intrants (engrais + carburants agricoles) représente 30 à 40 % des charges d'exploitation d'un céréalier français. La double hausse du gazole et des engrais est un ciseaux de coûts sans précédent depuis 2022.
Quels produits vont augmenter ?
Les fruits et légumes produits sous serre (tomates, concombres, fraises) seront les premiers touchés, car les serres chauffées au gaz répercutent la hausse immédiatement. Les céréales et la viande suivront avec un décalage de 3 à 6 mois, le temps que la récolte 2026 arrive sur le marché.
Ce que les ménages peuvent faire
Le Cercle de l'Épargne estime que l'inflation alimentaire pourrait atteindre 5 à 8 % sur certains produits d'ici l'automne 2026 si le conflit se prolonge. Pour les ménages, plusieurs leviers existent : privilégier les produits de saison et de plein champ (moins exposés au gaz), comparer les enseignes, et constituer un petit stock de pâtes et de farine aux prix actuels.
Le gouvernement n'a pas annoncé de mesures spécifiques sur les prix alimentaires. Le bouclier tarifaire sur le gaz a été supprimé en juillet 2023 et aucun dispositif équivalent n'existe pour l'alimentation.











