Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a déclaré lundi à l’AFP que les États-Unis font face à un risque « assez élevé » de stagflation, combinaison d’une forte inflation et d’une croissance faible. Selon l’économiste, le conflit au Moyen-Orient et les politiques commerciales de Donald Trump ont considérablement dégradé les perspectives économiques américaines.
La guerre au Moyen-Orient comme détonateur
Avant même le déclenchement du conflit le 28 février, marqué par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, l’économie américaine était déjà « proche de la stagflation », selon M. Stiglitz. Plusieurs indicateurs, dont la stagnation de la population active en 2025 et la hausse du chômage, pointaient vers une croissance fragile.
Le conflit a « fait basculer dans la crise », a-t-il expliqué depuis le siège des Nations unies à Genève. Le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole brut mondial, a provoqué une flambée des cours de l’or noir de 40 à 50 % après les représailles iraniennes.
Cette situation pèse sur un système commercial mondial déjà fragilisé par la politique douanière de Donald Trump et par la fragmentation des chaînes d’approvisionnement depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine.
Droits de douane et affaiblissement du dollar
L’ex-économiste en chef de la Banque mondiale souligne un phénomène inhabituel : alors que les droits de douane devraient en théorie renforcer la monnaie d’un pays importateur, « le dollar s’est affaibli ». Selon lui, « Trump a détruit la confiance dans l’Amérique et dans le dollar ».
« La faiblesse du dollar signifie qu’au lieu de réduire l’inflation grâce aux droits de douane, on observe une hausse de l’inflation… Tout ce que nous importons coûte plus cher en dollars », a-t-il détaillé. À cette inflation douanière s’ajoute désormais celle liée à la guerre.
L’incertitude est telle que les entreprises « ne savent pas quel sera le montant des droits de douane, ni combien de temps durera cette guerre », a insisté M. Stiglitz. Dans ces conditions, « elles ne peuvent pas investir ».
Un marché boursier en trompe-l’œil
Si les indices boursiers américains se maintiennent, c’est uniquement grâce aux valeurs technologiques et à l’intelligence artificielle. « Si l’on regarde le reste du marché boursier, il est tout simplement à la traîne », a constaté le professeur de Columbia.
La croissance américaine elle-même est « déséquilibrée », selon l’économiste : environ un tiers de celle-ci provient de la création de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Ce dynamisme sectoriel masque la faiblesse du reste de l’économie.
L’Europe mieux armée face au choc
Selon M. Stiglitz, la situation est moins préoccupante en Europe. Le continent subit également les pressions inflationnistes sur l’énergie, mais bénéficie d’une relance par l’augmentation de ses dépenses de défense.
Washington ayant « clairement indiqué qu’on ne pouvait pas compter sur les États-Unis » en matière de défense, les pays européens ont accéléré leurs investissements militaires. Cet effort budgétaire constitue un facteur de soutien à la croissance européenne, à rebours de la dynamique américaine.











