Les bureaux politiques de mardi soir devaient clore le chapitre des municipales. Ils ont ouvert celui de la présidentielle. Mercredi 25 mars, David Lisnard, président de l'Association des maires de France et maire de Cannes largement réélu, a annoncé son départ des Républicains. Au même moment, le Parti socialiste tentait de contenir une fronde interne sur les alliances conclues avec La France insoumise. À un an du scrutin présidentiel, les deux familles traditionnelles de la politique française traversent une crise de leadership dont les conséquences se dessineront dans les mois à venir.
À droite : le piège de la candidature Retailleau
Le bureau politique des Républicains a retenu mardi soir trois options qui seront proposées en avril aux 120 000 adhérents pour désigner le candidat à la présidentielle : la candidature directe du président du parti Bruno Retailleau, une primaire interne réservée aux adhérents, ou une primaire semi-ouverte aux sympathisants LR.
Pour David Lisnard, ce choix revient à entériner une candidature déjà décidée. « C'est un non-sens absolu, un vote biaisé, un vote truqué », a dénoncé le maire de Cannes, qui défend une grande primaire ouverte incluant toute la droite, y compris Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Laurent Wauquiez, patron des députés LR, a qualifié les trois options « d'options de boutiquier » et réclame un périmètre allant « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ».
Le problème est structurel. La plupart des présidentiables du centre-droit — Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Gabriel Attal, Xavier Bertrand — n'accepteraient pas une primaire qui inclurait l'extrême droite. Wauquiez et Lisnard le savent : leur proposition vise moins à organiser un scrutin qu'à envoyer un signal aux électeurs du Rassemblement national susceptibles de basculer vers la droite traditionnelle.
Le paradoxe du RN : conquérant mais divisé sur l'alliance
Marine Le Pen observe ces fractures avec un mélange de satisfaction et de prudence. Sur France Inter, elle s'est félicitée que « dans le Sud, énormément d'électeurs LR rejoignent aujourd'hui le Rassemblement national ». Aux municipales, le RN a conquis 57 mairies contre 9 en 2020, notamment dans le bassin minier du Pas-de-Calais où il a remporté 14 communes.
Mais Le Pen a répété son refus de l'union des droites défendue par son allié Éric Ciotti et, dans une certaine mesure, par Jordan Bardella. Son argument est sociologique : dans le Nord, l'électorat RN « n'est pas de droite, c'est un électorat socialo-communiste ». Ce clivage interne entre un RN méridional ancré à droite et un RN nordiste issu de la gauche ouvrière n'est pas nouveau, mais il se durcit à mesure que la question de la stratégie européenne du RN se pose pour 2027.
Au PS : la facture des alliances avec LFI
La situation du Parti socialiste est tout aussi explosive. Le bureau national de mardi soir a été tendu. Boris Vallaud, chef des députés PS, a tenté de faire adopter une résolution déplorant « le manque de clarté et de cohérence » de la direction, qui a soutenu des accords locaux avec LFI après avoir promis qu'il n'y aurait « aucun accord national » avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. La résolution n'a finalement pas été soumise au vote.
Carole Delga, présidente de la région Occitanie, a enfoncé le clou sur RMC : « Les Français retiennent que le Parti socialiste, c'est tout et son contraire, c'est du grand n'importe quoi. » Olivier Faure s'est défendu en avançant un chiffre : « 0,6 % des candidats socialistes ont noué un accord de second tour avec La France insoumise. » Mais le mal est fait. Les défaites à Brest, Clermont-Ferrand, Toulouse et Limoges, dans des villes où ces accords ont été conclus, nourrissent le procès en incohérence.
LFI, seul gagnant de la confusion
La France insoumise est le principal bénéficiaire de ces tensions. Manuel Bompard, coordinateur du mouvement, a ironisé sur RTL : les socialistes « après nous avoir agoni d'injures pendant la campagne du premier tour, être venus nous supplier au second tour de venir sauver leur maire, nous ont expliqué à 20h01 le dimanche soir que finalement c'était de notre faute ».
La stratégie est claire : face à un PS qui se déchire sur sa ligne et une droite traditionnelle incapable de trancher entre primaire ouverte et candidature interne, LFI se positionne comme la seule force de gauche dotée d'une ligne cohérente. Que cette cohérence se fasse au prix de l'isolement n'inquiète pas le mouvement — au contraire.
Ce que ces fractures changent pour 2027
La crise internationale liée à la guerre en Iran relègue ces querelles de partis au second plan médiatique. Mais elles structureront le scrutin de 2027. À droite, le risque est celui d'une candidature Retailleau imposée par défaut, rejetée par l'aile libérale qui migrerait vers un candidat centriste. À gauche, le risque est celui d'une gauche plurielle impossible, où le PS perd ses bastions sans gagner de nouveaux territoires.
Les prochaines semaines seront décisives. Le vote des adhérents LR en avril déterminera le format de la désignation. Au PS, la question Mélenchon devra être tranchée avant l'été. Dans les deux cas, les résultats des municipales — la montée du RN, la chute de bastions historiques, les alliances contestées — servent de révélateur bien plus que de point final.










