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Mobilisation générale en France :
ce que dit le Code de la défense

Peut-on encore être appelé sous les drapeaux en France, à quel âge et avec quelles exemptions ? Ce que disent vraiment le Code de la défense et le Code du service national — mobilisation, réquisition, service volontaire — loin des titres anxiogènes.

Mis à jour le dimanche 28 juin 2026 — 14h19
11 min
Militaires français en tenue de camouflage rassemblés sur les Champs-Élysées à Paris — symbole de l'armée d'active française
Militaires français sur les Champs-Élysées : la France s'appuie sur ses 200 000 militaires d'active et ses 43 794 réservistes opérationnels.© AFP / Geoffroy Van der Hasselt

La France n'a pas mobilisé de civils sous les drapeaux depuis 1939. Le droit le permet toujours.

À chaque crise géopolitique majeure, une requête se multiplie sur les moteurs de recherche : « mobilisation générale France ». Peut-on être appelé sous les drapeaux ? À quel âge ? Les femmes aussi ? Que risque-t-on en cas de refus ? Les réponses sont dans le Code de la défense et dans le Code du service national. Elles sont précises, mais pas simples.

Trois mécanismes juridiques sont régulièrement confondus dans le débat public : la mobilisation générale, la réquisition, et le service militaire volontaire annoncé fin 2025. Ils n'obéissent pas aux mêmes règles, ne déclenchent pas les mêmes obligations, et ne s'adressent pas aux mêmes personnes.

Un vide juridique majeur subsiste : depuis la suspension du service militaire en 1997, aucune liste actualisée d'exemptions n'existe. Si l'État devait rétablir l'appel sous les drapeaux, il devrait écrire un cadre nouveau.

La mobilisation générale dans le Code de la défense

La mobilisation générale est définie aux articles L2141-1 à L2142-1 du Titre IV du Code de la défense.

L'article L2141-1 la présente comme la mise en œuvre de « l'ensemble des mesures de défense déjà préparées ». L'article L2141-2 précise qu'elle est « décidée par décret pris en Conseil des ministres ». L'article L2141-3 prévoit que ces décrets ont pour effet la « mise en application immédiate des dispositions que le Gouvernement doit préparer et adapter à tout moment aux nécessités de la défense ». Le ministre des Armées notifie l'ordre aux autorités civiles et militaires.

Trois principes en découlent.

Premier principe : un acte de l'exécutif, pas du Parlement. Le président de la République, réuni avec ses ministres, peut déclencher la mobilisation sans vote des assemblées. La Constitution (article 35) exige l'autorisation du Parlement pour une déclaration de guerre. Mais mobilisation et déclaration de guerre sont deux actes juridiques distincts. Une mobilisation peut théoriquement être déclenchée sans qu'aucune guerre ne soit formellement déclarée.

Deuxième principe : générale ou partielle. L'article L2141-4 ouvre le choix. En cas de mobilisation partielle, seuls les personnels désignés par le décret sont convoqués par ordre d'appel individuel, indiquant à chacun l'unité à rejoindre et le délai pour s'y rendre. L'ordre peut aussi être diffusé par voie d'affiches et de publications.

Troisième principe : un dernier recours non utilisé depuis 1939. La dernière mobilisation générale en France remonte au samedi 2 septembre 1939. Le président Albert Lebrun signe ce jour-là le décret mobilisant les armées de terre, de mer et de l'air. Cinq millions d'hommes sont appelés — soit environ 40 % de la population active masculine de l'époque. Aucune mobilisation générale n'a été décrétée sous la Ve République.

Service militaire : suspendu en 1997, pas supprimé

Le point passe souvent inaperçu. Depuis la loi du 28 octobre 1997 portant réforme du service national, l'appel sous les drapeaux est suspendu. Pas supprimé.

L'article L112-2 du Code du service national est explicite : l'appel sous les drapeaux peut être « rétabli à tout moment par la loi » dès lors que « les conditions de la défense de la Nation l'exigent ». Concrètement, il suffirait d'un vote du Parlement pour réactiver le service obligatoire. Pas de référendum, pas de révision constitutionnelle.

La suspension de 1997 vise spécifiquement les hommes nés après le 31 décembre 1978 et les femmes nées après le 31 décembre 1982. Pour les classes antérieures, les obligations militaires ont continué de s'appliquer jusqu'au 1ᵉʳ janvier 2003. Le dernier contingent de conscrits a quitté l'uniforme fin 2001.

Trois mécanismes citoyens demeurent toutefois actifs.

Le recensement à 16 ans. Tous les jeunes Français — hommes et femmes — doivent se faire recenser dans les trois mois suivant leur 16ᵉ anniversaire, à la mairie de leur domicile ou en ligne. Le recensement génère une attestation indispensable pour le permis de conduire et l'inscription aux examens scolaires.

La Journée Défense et Citoyenneté (JDC). Obligatoire pour les jeunes Français, généralement passée entre 17 et 18 ans (date butoir 25 ans), elle a remplacé l'ancien service national en 1998 : une journée de présentation des armées, des enjeux de défense et des engagements possibles. Plus de 800 000 jeunes y participent chaque année. La JDC inclut un test qui détecte chaque année près de 100 000 jeunes en difficulté de lecture, redirigés vers des dispositifs de remédiation. Sans attestation de recensement et de JDC, impossible de s'inscrire au baccalauréat, au permis de conduire ou à un examen public avant 25 ans.

La Garde nationale. Créée en 2016 après les attentats de 2015, elle regroupe les réservistes opérationnels et les réservistes citoyens. Volontariat strict, formation militaire, engagement contractuel. Pas une obligation, mais une voie d'engagement encadrée. Les réservistes opérationnels effectuent typiquement entre 30 et 60 jours de service par an, rémunérés selon leur grade. Les réservistes citoyens, eux, exercent un rôle de relais auprès du grand public, sans engagement opérationnel direct.

Le vide juridique des exemptions

C'est le point le plus méconnu — et probablement le plus structurant. Les anciennes dispositions du Code du service national prévoyaient des exemptions : orphelins de la Nation, soutiens de famille, inaptes physiques ou psychiques. Ces dispositions ont été suspendues avec la loi de 1997 et ont cessé de s'appliquer aux classes antérieures le 1ᵉʳ janvier 2003.

Résultat : en cas de rétablissement de l'appel sous les drapeaux ou de mobilisation générale, il n'existe pas de liste actualisée d'exemptions. Le législateur devrait définir de nouvelles règles depuis zéro.

Qui serait dispensé ? Les parents isolés ? Les personnes handicapées ? Les professions essentielles — médecins, infirmiers, pompiers, électriciens du nucléaire, ingénieurs cyber ? Les étudiants ? Les binationaux ? La loi actuelle ne dit rien. Ce vide, rarement commenté, est pourtant la première question que des millions de Français se poseraient si la situation l'exigeait — et aucune proposition de loi récente n'a tenté de le combler.

Mobilisation, réquisition, service volontaire : trois mécanismes distincts

Derrière l'anxiété, il y a surtout une confusion entre trois mécanismes qui obéissent à des logiques différentes.

La mobilisation générale (articles L2141-1 et suivants du Code de la défense) consiste à intégrer des civils dans les forces armées et à les envoyer au combat. C'est le scénario le plus extrême — celui de 1939.

La réquisition (articles L2212-1 et suivants du Code de la défense, profondément remaniés par la LPM 2023) permet à l'État de s'approprier des moyens humains et matériels — véhicules, usines, compétences professionnelles — sans enrôler ni envoyer au combat. Un décret en Conseil des ministres l'ordonne, voire un acte ministériel en cas d'urgence.

Le service militaire volontaire (annoncé fin 2025 par Emmanuel Macron) relève d'une logique entièrement différente : un dispositif de temps de paix, exclusivement fondé sur le volontariat.

Une mobilisation générale est l'outil le plus contraignant et le moins probable. Une réquisition est plus modulable et bien plus crédible dans les scénarios contemporains. Le service militaire volontaire, lui, vise l'attractivité, pas la contrainte.

La réquisition durcie par la LPM 2023

La loi du 1ᵉʳ août 2023 relative à la programmation militaire 2024-2030 a profondément modifié le régime des réquisitions. Tout le livre II du Code de la défense a été restructuré ; son titre, autrefois « Réquisitions pour les besoins généraux de la nation », est devenu « Réquisitions pour les besoins de la défense et de la sécurité nationale ».

Les personnes peuvent désormais être réquisitionnées « en fonction de leurs aptitudes physiques, psychiques et compétences professionnelles ». Le refus de déférer à une réquisition est puni de cinq ans d'emprisonnement et 500 000 euros d'amende.

Le changement le plus discret est aussi le plus structurant. L'ancien article L2212-2 protégeait explicitement contre la réquisition individuelle :

  • les femmes enceintes,
  • les femmes effectivement chargées de la garde non professionnelle d'un ou plusieurs enfants d'âge scolaire,
  • les personnes effectivement chargées d'une ou plusieurs personnes de plus de 70 ans,
  • les personnes effectivement chargées d'une ou plusieurs personnes nécessitant une assistance permanente.

La LPM 2023 a créé un nouvel article L2212-5, en vigueur depuis le 1ᵉʳ août 2024, qui rend caduques ces protections. Désormais, seule subsiste la condition d'aptitude physique : toutes les femmes peuvent être réquisitionnées, sauf si leur état physique ne le permet pas — la grossesse étant traitée non comme une protection automatique, mais comme un cas possible d'inaptitude. C'est l'un des retraits les plus significatifs de protections genrées dans le droit de la défense depuis l'après-guerre, et l'un des moins commentés.

Le service militaire volontaire : 18-19 ans, 800 euros, dix mois

Le 27 novembre 2025, lors d'une visite à la 27ᵉ brigade d'infanterie de montagne de Varces, en Isère, Emmanuel Macron a annoncé la création d'un nouveau service militaire volontaire — un dispositif de temps de paix, distinct de la mobilisation, de la réquisition et du service obligatoire suspendu en 1997.

Il vise les jeunes Français de 18 et 19 ans (avec une extension possible jusqu'à 25 ans dans des cas exceptionnels). La durée est de dix mois : un mois de formation militaire initiale, puis neuf mois d'affectation opérationnelle dans une unité, sur le territoire national. La rémunération est d'environ 800 euros par mois, logement, nourriture et équipement compris ; pas de projection en zone de combat.

La montée en puissance est progressive : les candidatures ont ouvert début 2026, pour de premières incorporations — environ 3 000 jeunes — à partir de l'été 2026, avec un objectif de 10 000 par an en 2030 et l'ambition d'atteindre 50 000 en 2035. L'effectif reste modeste au regard des 800 000 jeunes qui passent chaque année la JDC : le dispositif ne ressuscite pas le service universel, il vise un public restreint, motivé, rémunéré, sur des missions strictement nationales.

Pour s'engager au-delà de ce cadre, deux voies restent ouvertes aux civils volontaires : la réserve opérationnelle et les quelque 26 000 postes que l'armée recrute chaque année.

La trajectoire de la réserve : 80 000 en 2030, 105 000 en 2035

Le chantier prioritaire de la défense française n'est pas la conscription, mais la montée en puissance de la réserve opérationnelle. La France comptait environ 44 000 réservistes opérationnels fin 2024, en hausse de plus de 10 % en un an — la plus forte croissance depuis 2016. La cible LPM 2024-2030 fixe 80 000 réservistes en 2030 (sur un total de 355 000 personnels) puis 105 000 en 2035, pour atteindre un ratio d'un réserviste pour deux militaires d'active.

L'âge limite des réservistes opérationnels a été relevé à 70 ans par la LPM 2024-2030 — 72 ans pour les médecins, pharmaciens, vétérinaires et chirurgiens-dentistes, professions tendues où l'expérience civile pèse. En revanche, l'âge plafond des civils non réservistes en cas de mobilisation générale n'est, lui, pas clairement fixé par le Code actuel : un autre vide que le législateur devrait combler en urgence si la situation l'exigeait.

Comparaison européenne : qui a déjà rétabli la conscription ?

La France n'est pas seule à se poser la question. Plusieurs pays européens ont déjà rétabli, totalement ou partiellement, la conscription.

La Suède l'a rétablie en 2017, après l'avoir suspendue en 2010, sur un modèle mixte : recensement obligatoire à 18 ans, sélection sur volontariat et critères d'aptitude. Environ 8 000 jeunes sont incorporés chaque année, sur une classe d'âge de plus de 100 000, pour un service de neuf à quinze mois — femmes incluses sur le même pied que les hommes.

La Lettonie a remis en place le service obligatoire en 2023 (mise en œuvre en 2024) : onze mois pour les hommes de 18 à 27 ans, option volontaire pour les femmes, dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne.

L'Allemagne est allée plus loin : après deux ans de débat, le Bundestag a adopté un service militaire fondé sur le volontariat, d'une durée de six mois, inspiré du modèle suédois. Dès 2026, les jeunes nés à partir de 2008 reçoivent un questionnaire — obligatoire pour les hommes, facultatif pour les femmes —, premier maillon d'un dispositif qui vise 100 000 réservistes d'ici 2030. La Bundeswehr, environ 180 000 militaires d'active après avoir culminé près de 500 000 avant la fin de la guerre froide, peine à recruter ; Berlin affiche une cible de 460 000 hommes (active et réserve) à l'horizon 2030.

La Finlande, la Norvège, le Danemark n'ont jamais aboli la conscription. La Finlande maintient une réserve mobilisable de 280 000 hommes — un ratio considéré comme un modèle par les états-majors européens.

La mobilisation générale, elle, reste un outil juridique opérationnel — mais un dernier recours que la France n'a pas employé depuis 1939. Le droit le permet ; et c'est précisément parce que ce droit existe que la question mérite une réponse factuelle, pas des titres anxiogènes. Le vide des exemptions, lui, reste à combler : c'est sans doute l'arbitrage politique qu'une future législature aura à trancher si la situation stratégique évolue.

L'essentiel

  • La France n'a pas décrété de mobilisation générale depuis 1939, mais le Code de la défense le permet toujours, par simple décret en Conseil des ministres, sans vote du Parlement.
  • Le service militaire est suspendu depuis 1997, pas supprimé : un vote du Parlement suffirait à le rétablir — mais aucune liste d'exemptions à jour n'existe plus.
  • La LPM 2024-2030 a discrètement durci la réquisition (refus puni jusqu'à cinq ans de prison) et supprimé les protections qui visaient notamment les femmes ayant charge d'enfants.

Questions fréquentes

Peut-on être mobilisé de force en France aujourd'hui ?
Oui, en droit. La mobilisation générale, prévue par le Code de la défense, peut être décidée par décret en Conseil des ministres, sans vote du Parlement. Elle n'a pas été utilisée depuis 1939, mais le cadre juridique existe toujours. En pratique, l'État dispose d'outils moins extrêmes, comme la réquisition.
Le service militaire peut-il être rétabli ?
Le service militaire n'a pas été supprimé en 1997, seulement suspendu. L'article L112-2 du Code du service national prévoit qu'il peut être « rétabli à tout moment par la loi » si la défense de la Nation l'exige. Un simple vote du Parlement suffirait, sans référendum ni révision constitutionnelle.
Qu'est-ce que la réquisition, et qui peut être concerné ?
La réquisition permet à l'État de s'approprier des moyens humains ou matériels (véhicules, compétences) sans enrôler ni envoyer au combat. Depuis la loi de programmation militaire 2024-2030, les protections qui visaient notamment les femmes chargées d'enfants ont été levées : seule l'aptitude physique compte désormais, et un refus est puni jusqu'à cinq ans de prison et 500 000 euros d'amende.
Le nouveau service militaire volontaire est-il obligatoire ?
Non. Le service militaire volontaire annoncé fin 2025 repose entièrement sur le volontariat. Il vise les jeunes de 18 et 19 ans, dure dix mois, est rémunéré environ 800 euros par mois et s'effectue sur le territoire national, sans projection en zone de combat. Il ne ressuscite pas le service obligatoire.
Quel est l'âge maximum pour être appelé ?
Le Code actuel ne fixe pas clairement d'âge plafond pour la mobilisation générale des civils non réservistes : c'est l'un des vides juridiques laissés par la suspension de 1997. Pour les réservistes opérationnels, en revanche, la limite a été portée à 70 ans (72 ans pour certaines professions médicales) par la LPM 2024-2030.

Thomas Renaud

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