La France rend jeudi 26 mars un hommage national à Lionel Jospin, à 11 heures aux Invalides, a confirmé l'Élysée. L'ancien Premier ministre socialiste est mort le dimanche 23 mars 2026 à l'âge de 88 ans. Ses obsèques se tiendront le même jour, à 14 h 30 au cimetière du Montparnasse, et seront ouvertes au public, a indiqué sa famille à l'AFP.
Le programme du 26 mars
Emmanuel Macron présidera la cérémonie d'hommage national aux Invalides. « Je veux avant toute chose dire ici l'émotion, le respect de la Nation tout entière », avait déclaré le chef de l'État en annonçant cette cérémonie. Un hommage a également été rendu à l'Assemblée nationale mardi 24 mars, à l'initiative de sa présidente Yaël Braun-Pivet.
Les obsèques au Montparnasse, ouvertes au public, témoignent d'une volonté de la famille de permettre aux Français de saluer celui qui fut, pendant cinq ans, le chef du plus long gouvernement de la Ve République.
Les réformes qui ont changé la France
Chef du gouvernement de cohabitation sous Jacques Chirac de 1997 à 2002, Jospin a dirigé la « gauche plurielle » — une coalition inédite réunissant socialistes, communistes, écologistes, radicaux et chèvènementistes. En cinq ans à Matignon, il a fait adopter un ensemble de lois qui structure encore la vie sociale française.
Les 35 heures (lois Aubry de 1998 et 2000) ont réduit la durée légale du travail. Jamais abrogée, cette réforme reste l'une des plus débattues de l'histoire récente. Le PACS (1999) a ouvert une reconnaissance juridique aux couples non mariés, y compris homosexuels, ouvrant la voie au mariage pour tous de 2013. Le quinquennat (2000), adopté par référendum, a mis fin au septennat. La parité (2000) a imposé un nombre égal de candidats et candidates aux élections. S'y ajoutent la CMU, les emplois-jeunes et la police de proximité.
Le 21 avril 2002 : le séisme
Donné favori de la présidentielle 2002, Jospin a été éliminé au premier tour le 21 avril, dépassé par Jean-Marie Le Pen. Le candidat socialiste avait obtenu 16,18 % des voix, contre 16,86 % pour Le Pen et 19,88 % pour Chirac. La fragmentation de la gauche avait été fatale : Chevènement (5,33 %), Mamère (5,25 %), Hue (3,37 %) et Taubira (2,32 %) avaient à eux quatre capté plus de 16 points.
« J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conséquences : je me retire de la vie politique », avait-il déclaré le soir même. Cette phrase est restée dans l'histoire politique française comme celle d'un homme capable d'assumer ses défaites sans faux-fuyants.
Des hommages transpartisans
Martine Aubry, numéro deux du gouvernement Jospin, a salué « un homme d'État, et je n'en vois pas beaucoup aujourd'hui ». Jean-Luc Mélenchon, que Jospin avait nommé ministre, a loué « un modèle d'exigence et de travail » et « sa présence intellectuelle dans un univers qui partait à la dérive ». François Hollande a salué un « homme engagé » à la « conception élevée de l'action publique ».
Au-delà de la gauche, Gérard Larcher (LR), président du Sénat, a déclaré : « Il emmène avec lui une part de la gauche laïque, attachée à l'universalisme républicain. » Marine Le Pen a rendu hommage à « un adversaire politique » mais « un homme de gauche intègre ».
Ce que Jospin laisse à la gauche de 2026
Jospin disparaît au lendemain d'un scrutin municipal qui a mis en lumière la même fragmentation qu'en 2002. La « gauche plurielle » — cette capacité à faire cohabiter des partis aussi différents que le PS et le PCF dans un même gouvernement — n'a pas trouvé d'héritier. Boris Vallaud, chef des députés socialistes, a fustigé lundi : « La France insoumise nous a fait perdre. » Raphaël Glucksmann a renchéri : « La tambouille ne fonctionne pas. »
Né le 12 juillet 1937 à Meudon, diplômé de Sciences Po et de l'ENA, Jospin avait rejoint le Parti socialiste en 1971 lors du congrès d'Épinay. Ministre de l'Éducation nationale (1988-1992), premier secrétaire du PS, candidat à deux présidentielles, Premier ministre : il avait traversé tous les états de la vie politique française. Après son retrait, il avait siégé au Conseil constitutionnel. Au soir de sa mort, la classe politique retient l'image d'un serviteur de l'État intègre, capable d'assumer ses échecs — une qualité que beaucoup jugent rare en 2026.











